Samedi 16 mai

Depuis quelques jours, le bruit de la machine résonne à nouveau. Les mails se multiplient sur l’espace de travail, les conversations entre collègues se multiplient sur WhatsApp : c’est qu’un retour au collège se profile, probablement début juin, d’après la couleur écarlate du département dans lequel j’exerce.

Et bien entendu, nous nous posons tous des questions. Les fragiles édifices que nous avons réussi à construire pour enseigner à distance à nos élèves vont-ils supporter ce nouveau tremblement ?

Cette année aura été celle des digues. Vague après vague, nous avons tenté d’enseigner, tant bien que mal. Malgré la lutte que nous avons menée au début de l’année scolaire. Malgré les problèmes du quotidien. Et malgré une pandémie mondiale. Tous les adultes de tous les établissements scolaires ont tenté, chacun à leur manière, de maintenir un enseignement.

Je tirais ce matin mon chapeau aux nouveaux arrivants dans le métier, en leur disant qu’ils avaient appris dans des circonstances exceptionnelles. Le fait est qu’elles le seront en permanence. Depuis que j’ai passé le CAPES, j’ai la sensation de ne jamais avoir fait d’année “normale”. Stage, première année, changement d’établissement, première année de de professeur principal, classe à projet, année de luttes sociales intenses… Et au milieu de toutes cette écume, préserver le cœur de ce qu’on nous demande de faire.

Enseigner suppose de créer un environnement stable, dans lequel les mômes se sentiront en sécurité. Mais ce dont ils ne se rendent pas toujours compte, c’est que nous avons bâti nos sanctuaires sur un océan souvent démonté.

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