Lundi 18 mai

“L’année scolaire est un marathon”, m’a-t-on dit lors de ma première année d’enseignement. Et la seconde. Et la troisième… Et toutes les autres.

Il y a eu, lors du seul vrai marathon que j’ai fait, ce moment affreux où, pour parcourir les deux derniers kilomètres, il fallait effectuer une boucle qui faisait tourner le dos à la ligne d’arrivée que l’on devinait au loin. Des coureurs euphoriques et écumant en revenaient, brandissant leur médaille. Et j’ai eu le sentiment que cet effort n’avait pas le moindre sens. Que ces deux derniers kilomètres étaient la manifestation la plus concrète du monde de l’absurdité de toute action.
Je ne les ai effectués que parce que les coureurs autour de moi avaient l’air d’en chier tout autant, et qu’ils avaient peut-être besoin de voir un peu de positif. Alors je me suis mis à sourire – ce qui vu mon état, devait me donner la tronche de Chucky – et j’ai mangé ces deux kilomètres avec des gloussements hystériques.

Je sens que je m’approche de cet état mental. Créer une nouvelle façon d’enseigner lors de notre retour au bahut (le 2 juin, j’enseigne dans un département écarlate) est essentielle. Pourtant, lors de cette réunion du lundi matin, je fais carrément la gueule : il va encore falloir trouver ? Pour quatre semaines de cours morcelées, pour un bahut dont je me casse dans une poignée de jours ? Après avoir passé une année à tenter d’atteindre les mômes, d’avoir tout réinventé au mois de mars ? Repenser pour la troisième fois consécutive sa manière d’enseigner ?

Bien sûr. Bien sûr qu’il va falloir. Que c’est le jeu.

Mais dans ces deux derniers kilomètres, je me sens salement grimacer.

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