Lundi 1er juin

Les conseils de classe de troisième commencent cette semaine. Les bulletins, sur Pronote, restent vierges. Ni appréciation, ni notes. Sur insistance de la direction, nous avons timidement évalué des compétences lorsque des travaux ont été rendus.

Et, même si j’aurai la réponse dans trois jours, je me demande comment nous ferons pour conjurer l’arbitraire. La Némésis des enseignants : comment faire pour porter un regard objectif et honnête sur des élèves qui, petit à petit, sont devenus des voix, des mots derrière un écran ou à l’autre bout d’une communication téléphonique ? Pouvons-nous encore les évaluer et donner nos avis sur l’orientation des troisièmes, le passage des quatrièmes, à partir des quelques fragments que nous avons ramassés d’eux, ce trimestre ?

En fin de compte nous jugerons sur des impressions. Mais faisons-nous autre chose d’habitude ? Les travaux rendus, les notes, les entretiens avec les élèves, nos interactions nous apprennent à les connaître ; à quel point ? 

Que savons-nous de nos élèves ?

La question est tellement vague qu’elle m’en donne le vertige, et ouvre des perspectives immenses pour les années suivantes de ma carrière. Car il me semble, pour le moment, que la tâche frise l’impossible : saisir chaque môme dans sa complexité, dans son aisance et ses difficultés, à l’aide d’outils dont j’ignore à quel point ils sont efficaces.

Onze ans de professorat, et cette impression d’être toujours débutant…

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