Vendredi 12 juin

“Allez les troisièmes Glee, qui me résume les passages de la nouvelle qu’il y avait à étudier depuis le dernier cours virtuel ? Je vous écoute.”

Pas un mot. Pas un “tiding” indiquant que l’un des mômes veut prendre la parole. Je ne m’inquiète pas plus que cela. Le cours du vendredi après-midi avec les troisièmes Glee ne peut que bien se passer. Je balance deux ou trois blagues pour meubler l’inconfortable silence qui s’est installé, en attendant que l’un d’entre eux se décide.

“Personne ? Absolument ? Vous n’avez pas compris le texte ?”

Toujours rien. Et puis finalement, dans le chat, une petite phrase de Benvolio. “J’ai pas fait le travail de la semaine et j’ai pas d’excuse.”

“D’autres sont dans cette situation ? Je lance un sondage, répondez sincèrement, c’est pour savoir comment je dois poursuivre le cours.”

Ils me font confiance, ils répondent. Sur dix-neuf présents, deux ont lu ce que j’avais demandé et fait le travail.

“Que se passe-t-il ?
– On n’a plus envie.”

Chorus repris par cette classe que je connais depuis trois ans, dont je suis plus proche que toute autre classe que j’ai eu dans ma carrière. Ils n’en peuvent plus les élèves, qui depuis presque trois mois se comportent en soldat, à accepter les consignes, à se dépatouiller seuls. Oui ils peuvent demander l’aide du prof. Mais c’est toujours laborieux, c’est compliqué, ils en ont assez.

“Monsieur à la même époque, l’année dernière, les troisièmes ils révisaient le brevet, c’était… Ils avaient l’air content. Là c’est dur.”

Nous sommes le 12 juin et ils en ont assez. Comme leurs enseignants. Je ne leur crie pas dessus, je ne les câline pas. Je leur explique que ce que nous faisons est important. Que nous devons continuer, mais que je vais trouver d’autres méthodes. Des façons de combattre la lassitude. On parle un peu, je leur demande de passer les jours suivants à se remettre doucement à jour. De retrouver ce qui leur fait envie, à l’école. On se quitte en paix, et un peu triste.

Quelques minutes plus tard, Benvolio poste sur la communauté de la classe une vidéo sur le supplice de Tantale, que je leur ai expliqué aujourd’hui. “On n’est pas dégoûtés, hein monsieur. Juste on n’en peut plus.”

Je comprends.

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