Mardi 26 août

(Billet n’ayant aucun lien ou presque avec l’enseignement).

Demain, donc, déménagement. Pour tout un tas de raisons, les clés de ma future voiture se trouvent chez mes grands-parents, qui habitent à deux pas de mon futur logement.

Le plan : arriver masqué, ganté, remercier, repartir.

Et là, le traquenard.

“Tu vas rester manger, j’ai préparé le gratin de courgettes que tu aimes. Tu te mettras au salon, et nous à la cuisine. Tu mettras la nappe au sale, et tu te laveras les mains avec le gel qui est là.”

Elle a posé sur la table l’une des assiettes dans lesquelles on mangeait dans une autre vie. Dans une maison en Provence, que le passé a délavé. Les plats aussi ont ce goût-là. Jusqu’au dessert. Un fromage blanc au cacao, à la fois amer et acide, que nous mangions tous en grimaçant, jusqu’au jour où une cousine plus courageuse que le reste de la famille a avoué ne pas aimer. Je fais la même grimace en le terminant. Mes grands-parents ne la voient pas, ils sont deux pièces plus loin.

C’est aussi à plusieurs pas devant moi que mon grand-père se tient, tandis que nous déambulons dans un dédale de couloirs, jusqu’au garage ou m’attend la bagnole. Depuis quelques mois, sa mémoire vacille. Il parle de très loin. Aujourd’hui, il a le pas vif. Et à travers son masque, je l’entends murmurer :

“Et Phèdre au labyrinthe avec vous descendue,

Se serait avec vous retrouvée, ou perdue…

C’est ma préférée, Phèdre. Toi aussi.“ (je n’ai pas oublié le point d’interrogation)

Demain, donc déménagement. Aucune certitude pour la rentrée : ni établissement, ni classe, ni élèves. Je sais juste que j’habiterai à quelques kilomètres de mes grands-parents, pour qui j’ai toujours éprouvé une affection plein de gêne. Trop d’histoires nous séparent.

Alors que je leur dis au revoir, en les remerciant, ma grand-mère annule la distance d’un haussement d’épaules : “Tu es notre petit-fils, voyons !”

Il me faudra, je crois, des années pour comprendre la place qu’occupe la famille, dans mon existence. Mais aujourd’hui, juste aujourd’hui, je m’y accroche, à travers les gestes barrière, les masques, les distances dans l’espace et le temps.

Juste aujourd’hui, ça fait du bien.

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