Jeudi 3 septembre

Première “vraie” journée de cours. Je rencontre chacune de mes classes. Trois sixièmes ; toutes les trois plus ou moins semblables. Des élèves peu bavards – même si je commence à sentir les frémissements qui, je le sais, deviendront des vagues dans quelques semaines – et qui m’observent avec de grands yeux un peu affolés derrière leur masque.

Je tente de briser le contact avec quelques plaisanteries, un peu de second degré. Rien du tout. Les petits hochent gentiment la tête dans un silence qui devient de plus en plus pesant. Je me sens transpirer à grosses gouttes tandis que je tente d’insuffler un peu d’animation à ce cours en me désarticulant comme un pantin.

Et puis arrive l’activité sur le conte du Petit Chaperon Rouge.

Idée soudaine.

“J’ai choisi ces phrases car nous étudierons beaucoup de contes, cette année.”

Pour toutes les classes, c’est la deuxièmes heures. Leur attention s’est un brin relâchée (enfin, relâchée pour des élèves bretons, hein, ça veut dire que l’un d’entre eux s’est balancé sur sa chaise à un moment), et quelques-uns se permettent un léger soupir désapprobateur. Juste ce que j’espérais.

“Ah mais je vous promets que les contes, à l’origine, ne sont pas les gentils histoires que vous connaissez. Vous avez déjà entendu les premières versions du Petit Chaperon Rouge ?
– Ben oui, on sait que le chasseur ne vient pas la sauver.
– Oh, mais ça c’est déjà très gentil. A l’origine, non seulement le loup mange le Chaperon, mais en plus, avant cela, il lui fait BOIRE LE SANG DE SA GRAND-MÈRE ET MANGER SA CHAIR !”

Rires incrédules et dégoûtés. Enfin. Enfin ils rient un peu. J’enchaîne avec une version plus détaillée du conte de Cendrillon. Et lorsque nous recommençons l’étude des types de phrases, ils prennent davantage la parole, quitte à se tromper.

Toujours, le bateleur.

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