
Snowe ressemble à la version miniature du beau gosse des séries étudiantes des années 90. Les yeux bleus, très blond, les cheveux noués en catogan, jean et T-shirt. Il est resté me parler en ce vendredi soir, dernière heure de cours, et pour cela, s’est hissé le plus tranquillement du monde sur une table, dans la même position que j’affecte au centimètre près.
Il m’explique qu’il comprend parfaitement le reproche que je lui ai fait, en début d’heure : un mot dans son carnet dès la première semaine pour dissipation, ce n’est pas sérieux, ses parents viendront m’en parler.
J’observe, légèrement incrédule, ce môme dans le discours duquel la maturité, la prétention et la lucidité s’équilibrent parfaitement. Puis, il passe à ses lectures actuelles, tandis que je tente de reprendre pied.
De nouveau, j’ai vingt-cinq ans et débute totalement dans la profession. Jamais je n’ai pratiqué ce type de relations avec des élèves. Le monde entre enseignants et mômes était jusque là parfaitement hermétique, il existait soit un voile, soit une muraille de métal hérissé de clou qui faisait que, quoi qu’il arrive, nos réalités ne pouvaient en aucun cas se mélanger. Ici, il y a une porosité. Snowe emploie des expressions qui me sont familières, des tournures que, gamin et également très prétentieux, j’utilisais.
Je suis assez vieux pour analyser ce qui arrive, mais n’ai aucune pratique des réactions à avoir. Juste de la théorie. Refuser toute complicité ? Accepter un fragment de familiarité ? Le remettre fermement à sa place ? Botter en touche ?
Plusieurs lecteurs m’ont – probablement à juste titre – reproché de faire de l’exotisme, depuis mon arrivée en Bretagne, de m’extasier devant la moindre nouveauté.
Ce n’est pas de l’extase, mais de la sidération, devant le grand mystère du boulot de prof, dont tellement d’aspects changent, à quelques centaines de kilomètres de distance. Tant de choses, à nouveau, à apprendre.