Lundi 14 septembre

Les 6èmes Canarticho entrent en classe les épaules courbées. Il est 16h, et, sous ce merveilleux soleil absolument normal du 14 septembre, la température avoisine soixante-douze degrés dans les salles du collège Nohr (la déplorable isolation de TOUS les bahuts dans lesquels j’ai enseigné fait que je n’ai jamais le mal du pays).

On rajoute à cela, bien évidemment le masque. Le maudit masque.

“Monsieur…”

Je tourne la tête vers quelques regards embués de chaleur.

“On a chaud.
– Je sais.”

Je sais et pour le coup, j’aimerais avoir la merveilleuse capacité de Monsieur Vivi à trouver du sens, même quand c’est presque impossible. Là, je ne peux rien dire. “Je sais mais c’est la loi.” “Je sais mais ça vous protège, ça nous protège.” “Je sais mais la vie c’est souvent mordre sur sa chique.”
Je sais. J’essaye de détourner l’attention sur les lectures que nous faisons de Molière.

“Monsieur… Si tout le monde se met au fond, quand on lit, on peut enlever le masque ?
– Non.
– Mais avec Mme D. et M. L. on peut si tout le monde est loin de nous.”

L’espace d’un instant, je maudis Mme D. et M. L. d’accomplir une action tout ce qu’il y a de plus humaine. Et qui évite probablement les malaises qui se sont mis à fleurir dans le collège. Je maudis l’administration, la Covid, les pangolins et le métier de prof. Parce que tu fais quoi, face à vingt-quatre mômes, dont dix se plaignent, et dont tu sens dans ton souffle court que ce n’est pas du chiqué.
Comme toujours. Prof, tu appliqueras la règle, mais tu travailleras avec des êtres pour qui, parfois, elle est insupportable.

Tout le monde s’est mis sur les deux derniers rangs de la grande salle. On a compté deux mètres cinquante. Cheepo, qui va lire, en se tenant de profil par rapport à nous, enlève son masque.

J’ai un peu mal au ventre, tandis que le môme sourit de soulagement.

“Je vous le rappelle, hein, ce sera une fois dans l’année. Cette fois-là.
– Oui monsieur !”

A partir de demain, les températures redescendent sous trente degrés. Et j’espère qu’ils auront pensé à amené leur bouteille d’eau.

Surtout pour moi, me souffle un démon égoïste.

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