Samedi 19 septembre

Cette année, dans ma classe, il y a Agnès. Agnès est grande, beaucoup plus grande que ses camarades de classe. En deux semaines, elle est déjà entrée en conflit avec nombre de ses camarades. Et a dans son attitude, quand on lui demande quelque chose, cette négligence exaspérée qui fleurit, en général, chez les quatrièmes. L’enthousiasme dont font preuve la quasi-totalité des sixièmes semble totalement absent chez elle.

“Il y aurait moyen qu’elle ne soit pas dans la classe de mon fils ?”

“On la connaît, il y a eu des problèmes avec elle en primaire.”

“Vous savez, il paraît qu’elle est très colérique. Une fois, son instituteur…
– Je préférerais en parler avec elle directement, monsieur.”

Je reçois la maman d’Agnès. Qui me raconte l’intégralité des “histoires” – que je hais le mot histoires quand il est employé dans ce contexte – auxquelles sa fille a été mêlée. La réputation qu’elle a dans le quartier. “C’est pas tout à fait injustifié. Près d’elle, Agnès attend, incendiant du regard quelque chose d’invisible.

Impression de parler d’une captive. Agnès a onze ans et est déjà, dans la voix et l’esprit de dizaines de parents et d’enfants, la mauvaise fille, celle dont il faut se tenir à l’écart. Monstre : étymologiquement ce que l’on montre du doigt. Agnès, à deux doigt de devenir un monstre. Onze ans.

Je ne cesse de le répéter aux élèves : on entre au collège, on laisse le plus possible de ses soucis d’enfants au dehors, il nous attendrons à la sortie. On entre dans la classe, on laisse le plus possible de ses soucis de collégien près de la porte. Agnès, elle, en semble couverte.

Et de se demander comment alléger sa charge.

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