Mardi 22 septembre

Oleg est gigantesque, pour un sixième. Près d’un mètre quatre-vingt. Sa trachée tourmentée d’enfant de onze ans, elle, n’a pas suivi le mouvement et émet la voix d’un gamin de son âge.

Oleg brûle perpétuellement. Il ne supporte pas la moindre frustration et jure, entre ses dents – en permanence – ou à pleine voix, souvent. Oleg, pour ne pas frapper les autres quand il s’énerve, se frappe. Se traite d’handicapé. Oleg, en quasi-permanence épaulé par L., son AESH, qui tente de le réconforter, de servir de paratonnerre pour son agressivité.

“Le truc Oleg, c’est que c’est trop compliqué. Je sais pas à quoi j’ai pensé en vous donnant ça.”

Il se tient devant moi, les yeux écarquillés, son stylo à la main, me dominant de toute sa colère et sa peur d’enfant. Je prends l’évaluation posée devant lui et la remplace par une autre, aménagée.

“Non, éructe-t-il, c’est pas trop compliqué ! C’est que je suis handicapé ! Handicapé !”

J’ignore de quoi il est capable. La seule chose dont je suis sûr, c’est que je dois absolument aplanir tout ce qui pourrait le blesser.

“Du coup, là, vous pouvez faire le travail, non ? Il y a moins de texte, il faut entourer les réponses.
– Voilà ! Voilà j’ai le devoir pour gogol !
– Pour gogol ? Lisez le texte avant de protester, vous allez voir, c’est pas facile !
– Alors j’y arriverai pas.
– Dans ce cas vous parlez à L. ou vous m’appelez. C’est plutôt normal, de bloquer dans un contrôle. Regardez, il y en a plein qui lèvent la main. (c’est vrai)
– Ah oui, vous avez raison.”

Il se rassoit, prend son crayon à papier, et recommence gentiment à travailler. La colère est apaisée, mais absolument pas partie. Elle repartira à la moindre occasion. Tous les nerfs émotionnels d’Oleg sont à vif. En permanence. Et nous, ni formés, ni experts, sans consigne, sans visibilité, tentons de lui éviter la moindre particule de contrariété. Parce que pour le moment, aucune prise en charge n’existe pour lui. Aucune structure lui permettant, après les cours, de relâcher son mal-être, ou d’apprendre à le gérer quand il est en classe. Nous ne pouvons que maîtriser temporairement le brasier qui le consume et ne montre pas le moindre signe d’apaisement.

Combien de temps ?

Laisser un commentaire