Vendredi 2 octobre

Depuis que Phil a changé de classe, il est beaucoup moins pénible. Ce môme qui passait son temps à me couper la parole et à contester la moindre déclaration s’est retrouvé parmi des camarades nettement plus matures, enthousiastes, et surtout absolument pas impressionné par son bagout. Les premières heures, il a ouvert de grands yeux, puis s’est vite intégré.

Il est le seul garçon, dans cette classe, à faire partie de la Maison de la Sorcière, l’un des groupes que j’utilise cette année pour les faire travailler. Il n’a pas osé protester, même quand je lui ai demandé si la situation lui convenait. Les élèves présentes dans cette congrégation, une poignée de mômes futées et autonomes lui ont réservé bon accueil.

“Vous êtes prêtes les filles ? Et le garçon du coup ?
– Non non, monsieur, les filles tout court.”

Je tourne la tête vers Phil, qui arbore dans les cheveux un chouchou du plus bel effet.

“Qu’est-ce que vous avez dit, Phil ?
– Ben quand je suis chez les Sorcières, j’en suis une ! Donc je fais partie des filles.
– Je vois… Vous avez décidé ça ensemble ?
– Non, c’est moi qui avait envie.”

J’observe ses camardes qui haussent les épaules avec un sourire incrédule.

“Bon. D’accord. Et le chouchou ?
– Ben c’est pour montrer que j’assume.”

Je me frotte les paupières, un peu décontenancé. Je ne sais pas trop comment réagir devant cette situation. Mais bon. Il y a zéro moquerie dans la classe, le groupe a l’air ravi de la situation, et Phil – qui a adopté pour le coup un prénom féminisé – plus encore. Pendant une heure, tout le monde travaille sans la moindre réflexion, et en appelant Phil par son alias, jusqu’à la sonnerie.

“Monsieur ?”

Phil me regarde, il a enlevé son chouchou et ramasse ses affaires.

“Vous en parlez pas aux autres classes hein ? Ils vont croire que je me fais victimiser.
– Alors qu’en fait, c’est quelque chose qui vous plaît à tous.
– Et vous n’en parlez pas à des adultes non plus hein ? Aucun adulte ?
– Tant qu’on respecte le règlement intérieur et qu’on travaille en bonne intelligence, ce qu’il se passe dans la classe reste dans la classe.
– Merci monsieur, bon week-end !
– Bon week-end, Phil.”

Bon week-end et beaucoup de perplexité.

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