
Depuis la semaine dernière, les sixièmes Akwakwak ont une interrogation de leçon à chaque début de cours. C’est une activité que je trouve particulièrement nasebroque habituellement, mais, après m’être aperçu que 90% d’entre eux n’ouvrait son cahier que pendant les cours de français, j’ai décidé de le faire. Ce qui n’a pas été sans son lot de protestations.
“Pourquoi mon frère, dans l’autre classe, il n’a pas de contrôle comme ça ?
– Hervey, savez-vous ce qu’est une morale ?
– Euh non.
– Votre frère si, c’était dans le cours d’hier.
– Ah oui, c’est vrai qu’il apprenait des trucs.”
Il y a eu des grincements de dents, des “je n’y arriverai pas”. J’ai maintenu le cap.
Ce qui a été affreusement compliqué. Je suis la personne la moins confiante du monde, et j’ai été bombardé de voix démoniaques qui m’ont accusé d’être le prof le plus rétrograde des deux hémisphères et de faire subir à des petits une activité en laquelle je ne croyais pas moi-même totalement. Et de leur coller des 2/10 dès le premier trimestre.
Et puis la semaine s’est écoutée.
“Monsieur, on a presque tous des 10/10, dans cette rangée.
– Oui Hervey.
– En plus c’était pas dur, hein, fallait juste relire le cours.
– Oui. Quel était mon conseil au début de l’année ?
– … de relire le cours.”
Ils sont une vingtaine à sourire. Dont Mizuki, qui arrondit grand les yeux.
“Monsieur, je peux pas avoir le 10.
– Comment ça ?
– Vous vous trompez, j’écris pas bien le français.
– Vos phrases sont correctes, et vous avez retenu ce qu’il fallait.
– J’aime bien, ça fait joli et propre en plus, dans le cahier.”
Derrière, elle, sa copine Lilin colle son évaluation, la tête basse. Encore une sale note. “J’ai révisé comme vous avez, dit, pourtant.” Ils sont six, dans la classe, comme ça. J’aimerais leur dire. Que ça n’est pas grave, qu’on va réussir à ajuster, que la pédagogie différenciée sert à cela. Mais ce sont des sixièmes, qui se sont pris des bâches.
La victoire n’est jamais complète, dans ce métier.