Jeudi 8 octobre

Brec est un élève absolument correct.

Il est agréable en cours, participe de temps en temps, ne semble avoir ni point fort, ni point faible.

Enfin jusqu’à aujourd’hui où, après une évaluation plutôt réussie, les sixièmes Brindibou continuent à bosser sur l’invention d’un conte de fées, et où Brec se tient la tête dans les mains.

“Monsieur, j’y arrive vraiment pas.”

Il a devant lui le schéma que nous avons, à grand-peine, mis en place. Une histoire de voleur finissant par s’allier avec son rival.

“Quel est le problème ?
– Je suis nul pour écrire. Je préfère avoir zéro, je pense. J’ai aucune idée, c’est vous qui m’avez presque tout dit.
– Vous n’avez pas envie d’essayer ?
– Mais si j’essaye, je vais faire du caca, et regardez ce qu’elles font, elles !”

D’un doigt vibrant d’indignation, il désigne Deborah et Selma qui lève des yeux interrogateurs de leurs huit pages rédigées impeccablement et mettant en scène les amours d’une princesse-manticore et d’un roi changé en lune.

“Je vois. C’est leur histoire qui vous gêne ?
– Ben oui. Je veux pas qu’on voit ce que moi je vais faire à côté.
– Vous avez déjà écrit quelque chose, en primaire ?
– Non, à chaque fois je disais au maître que je pouvais pas faire, ou alors je faisais n’importe quoi.
– Donc, si vous écriviez, même une histoire d’une demi-page, vous réussiriez quelque chose que vous n’avez jamais fait jusque là ?
– …”

Au bout d’une trentaine de minutes, Brec me tend un papier, comme une ébauche de sculpture. Son écriture est pleine d’échardes, sa syntaxe en angles aigus. Mais il y a une forme. Et il la voit. J’approche le papier de son schéma.

“Eh ben. Il y a du chemin, entre ces deux étapes, hein ?
– Oui, mais les autres…
– Vous ne trouvez pas que vous avez changé ?
– Changé ?
– Il va lui arriver quoi, à Vizzry – Vizzry, c’est son héros – maintenant ?
– Alors une fois qu’il est jeté en prison, il y a son rival qui arrive. Je me disais aussi que la fille d’un garde pourrait les rejoindre. Ils la rencontrent en s’enfuyant, au début elle veut les arrêter, parce qu’elle veut être garde comme son père, et en fait, elle les aide.
– Quand est-ce que je vous ai donné l’idée ?
– C’est pas votre idée, monsieur, c’est la mienne !
– Moi je trouve que vous avez changé.
– Ooooh.”

Ooooh indeed.

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