
Résumons.
J’ai trente-huit ans aujourd’hui.
Je suis prof.
Je vais continuer à aller faire cours dans un pays qui se claquemure.
Et, devant des annonces dont la cohérence m’échappe totalement, je ne ressens plus rien qu’un grand vide. Impression d’avoir entendu les incantations de ce soir déjà si souvent. “J’ai confiance en nous.” “Préserver notre économie.” “Protocole sanitaire renforcé.”
Je pense aux chefs d’établissements qui devront, en moins d’une semaine, mettre en place ce fameux protocole renforcé, dont ils n’ont pas encore les modalités. Je pense aux gestionnaires et aux agents, qui en seront les bras. Je pense aux élèves. Une nouvelle fois livré au flou et à l’incertitude, jusqu’à ce que les vainqueurs puissent, triomphant, asséner “c’était la bonne décision.” ou “imprévoyance coupable”. Je pense aux parents qui doivent se demander quel est le meilleur choix à prendre pour leurs mômes, je pense à ceux qui n’ont pas le choix.
J’ai trente-huit ans et tout n’est que brume de langage, à masquer une réalité biologique que je n’ai pas les compétences pour saisir.
Je me raccroche à la dernière branche qu’il me reste.
La semaine prochaine, je commence le chapitre sur les mythes fondateurs. Les mots dans lesquels des mondes se sont crées. Dans cette obscurité humide, vont naître des cosmos et des dieux primitifs. C’est le seul réconfort qui subsiste. La seule flamme qu’il me reste à brandir. Puisse-t-elle briller fort, chasser la peur. Pour les mômes.
Et pour moi.