
Lundi, tous les élèves du collège Nohr auront leur salle attribuée. Fileront dans celle-ci dès les grilles franchies. Ils mangeront en vingt minutes, seront priés de bouger de leurs place le moins possible. Deux de mes sixièmes auront cours dans une salle de techno, pas hyper appropriée pour toutes les matières, et une salle d’arts plastiques. “C’est compliqué, monsieur, c’est très compliqué.” a soufflé Chiepoo derrière son masque.
Mais en cette dernière heure de la semaine, on n’y pense pas.
Cette dernière heure, Agnes se regarde intensément dans un petit miroir de poche. Elle joue le rôle d’Aphrodite, dans la version théâtrale de l’Iliade que j’ai écrit pour la classe, et met un point d’honneur à ne jamais quitter son reflet des yeux.
Pendant ce temps, Ted cherche son bâton. Le petit môme prêt à sortir les griffes dès qu’il est contrarié s’est métamorphosé sur la scène improvisée. Son Pâris est immensément plus grand que j’imagine le personnage. “Tu sais j’ai juste cinq mots ? raconte-t-il à son pote. Eh ben si je les rate, toute la scène tombe par terre !”
Je suis rappelé à l’ordre par Paula-Héra. Enveloppée dans un tas de voilages improbables qu’elle a sorti de son sac de sport, elle pointe un doigt impérieux vers sa petite troupe : “Allez, on s’y met ! Et lors de l’apparition des déesses, JE rentre la première, ce sera beaucoup mieux !”
Lundi sera comme il sera. Mais en attendant, ils sont des héros et des dieux.