
“Monsieur j’ai mal au dos !”
Millay, élève habituellement souriante et rigolote, se tortille en grimaçant sur le tabouret qu’elle occupe désormais six heures par jour, en salle de technologie. C’est rigolo, la salle de technologie, au début. On a des ordinateurs sur toutes les tables et même que les profs peuvent projeter des trucs directement sur les écrans.
Mais après trois jours, ça fait mal au dos.
Les sixièmes sont habituellement les rois pour se plaindre. Ils ont chaud, froid, envie de faire pipi, un peu mal sur le front, le coude qui tremble, une oreille qui picote et une autre qui chatouille. Et oui, la tentation est forte de balancer le tout, de leur demander d’arrêter d’être des bébés. Parce que OUI quand ça fait quatorze fois qu’on te dit que le stylo il donne trop chaud au doigt, alors que la réponse que tu attendais était “adjectif qualificatif”, tu commences à sentir d’intéressantes volutes rouges croiser ton champ visuel.
Et puis il y a aussi le fait qu’ils occupent un corps tout en mutation, et un mental qui se forme, qui a entre six et treize ans. Tu tentes d’être vigilant. De trier le bon grain de l’ivraie, et ça n’est pas toujours facile.
Aujourd’hui si. Les petites formes sur les tabourets en ont littéralement plein le dos. Alors tu leur permets de faire un exercice ou deux debout. L’intendante trouve quelques tabourets à dossiers qu’ils se partageront. Du bricolage, encore.
Parce que ça n’est pas rien, d’occuper un corps.