Vendredi 13 novembre

D’habitude, je ne vais au cinéma seul qu’après des disputes amoureuses. Mais ce jour-là, je ne sais pas pourquoi, j’étais allé voir le documentaire sur Amy Winehouse, première séance de la journée, le mercredi de sa sortie. Je n’écoutais pas Amy Winehouse, avait connu ses chansons via la seule saison de “La Nouvelle Star” que j’avais suivi. Pourtant je m’étais retrouvé là, avec la sensation que j’étais parfaitement à ma place. Et pendant près de deux heures, j’ai éprouvé cette sensation de façon pleine et entière. Sensation qu’habituellement, je n’éprouve que de façon fugace. Comme une image qu’on attrape du coin de l’œil.

Comme aujourd’hui.

Quatrième collègue qui me dit que les sixièmes Akwakwak ont été particulièrement chouettes cette semaine. “Ma classe”.

“Par contre, ils avaient pas l’air plus contents que ça quand je les ai félicités pour leur comportement. Juste un merci et ils se sont remis au travail.”

“On a pensé à ce que vous avez dit, monsieur, qu’on doit essayer de travailler pour nous, et pas juste pour des compliments.
– D’accord… Je suis très heureux que vous l’ayiez écouté, et compris. Mais je vous ai aussi dit que c’était très difficile. Ne vous forcez pas.
– On se force pas, on vous le dira sinon.”

C’est là, que résonne le moment Amy Winehouse. La plupart des mômes de cette classe me font confiance a priori. Si leur prof principal leur demande de travailler pour eux avant tout, alors ils essayent de travailler pour eux avant tout. Peut-être suis-je en train de vivre une situation très banale. Peut-être six ans en REP+ me font-ils avoir une épiphanie débile dans ce petit collège. Mais, toute honte bue, je me sens totalement légitimé quand au boulot que j’effectue pour eux, avec eux, depuis le début de l’année. Les appels incessants aux parents, les rencontres, les moments pris avec presque chaque élève. Autant de ballons lancés dans l’obscurité sans savoir si quelqu’un, de l’autre côté, les rattrapera. Et je sais que ce succès, ce sentiment, s’évanouiront comme le reste. Que le travail n’est jamais terminé et que la sixième Akwakwak sera peut-être imbuvable lundi.

Mais, en cette fin de semaine, je trouve de la force dans les paroles de mes élèves. Et il ne faut jamais refuser ces moments-là.

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