Lundi 23 novembre

Quand je partirai à la retraite (ce qui a toutes les chances de ne jamais arriver, soit qu’on aura supprimé ce système qui coûte un pognon de dingue, soit qu’on ait enfin été asservi par les poulpes qui en auront marre de nos conneries, ce qui ne m’engage donc à rien, et devrait donc m’inciter à fermer cette parenthèses beaucoup beaucoup trop longue), je ferai la liste de ce que les mômes m’ont apporté. De positif je veux dire. Parce que bon, l’ulcère, les extinctions de voix et les gastros à répétition, je passerai pudiquement ça sous silence.

Non. Mais il y a certains trucs qu’ils m’auront transmis et que j’ai foutu dans un grand sac que j’ai pompeusement baptisé “éthique”.

Parmi tous ces trucs, il y a cette nécessité de ne jamais répondre totalement par automatisme. Et Cthulhu sait si c’est compliqué. Surtout avec des sixièmes. Les sixièmes posent tout le temps des questions, très souvent hors de propos, très souvent les mêmes. Et la tentation est grande de répondre par un soupir exaspéré ou un sarcasme.

Et parfois je le fais. Mais pas tout le temps.

Je ne dis pas que le professorat m’a changé en un ange de bonté capable de répondre patiemment et correctement à la moindre interrogation des chérubins.

Mais il m’a donné cette fraction de seconde.

Ce minuscule moment où, quand Ted te dit “J’ai mal au pied.” alors que tu demandes si tout le monde a bien son surligneur dans la main, tu le regardes en te demandant s’il veut juste ton attention ou s’il y a quelque chose d’autre derrière. Ce moment où tu essayes de ne pas répondre un truc dit et rabâché un milliard de fois, qu’eux aussi diront et rabâcherons parce qu’on n’arrive pas à s’en défaire.

Je m’efforce de toujours prendre ces quelques instants. Ne jamais basculer dans l’automatisme de toujours poursuivre le cours, show must go on et compagnie. Tenter de se souvenir que si j’ai sans doute déjà traité cet événement un million de fois, il est peut-être unique pour ce môme.

Je n’y parviens pas toujours. Évidemment. Mais je leur dois beaucoup, à ces mômes. Eux aussi sont patients, à me rendre meilleur humain.

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