
15h00 :
“Les sixièmes, nous allons commencer notre évaluation de grammaire…
– MAIS VOUS AVEZ PAS DIIIIT QU’IL Y AVAIT CONTRÔÔÔLE !
– Non seulement je l’ai dit, mais je l’ai écrit sur Pronote, Pearltrees, je l’ai fait noter dans vos agendas, vous l’ai annoncé tous les jours depuis une semaine.
– VOUS L’AVEZ PAS DIT HIEEEEER !
– Nous étions dimanche, hier.
– QUAND MÊME !
– Calmez-vous, nous avons lu l’énoncé ensemble vendredi, et vous avez le droit à votre cahier. Prenez une feuille et… Bon, les vingts qui lèvent la main, si ça n’a pas rapport avec le contrôle, baissez-les pour le moment.”
*seize mains se baissent.*
“Oui Anya ?
– Elle est jolie votre chemise.
– … C’est en rapport avec le contrôle ?
– Vous la portez pendant le contrôle, donc oui.”
15h04 : Bon. Sur vingt-trois élèves, quinze ont réussi à sortir une feuille, trois fouillent frénétiquement dans leur cahier de physique (parce que c’est bien sûr là qu’on range les feuilles), deux essaient de me convaincre qu’écrire sur leur cahier de brouillon ce sera très bien, une distribue des feuilles telle Rihana des places gratuites à son nouveau concert, et deux boudent en disant que c’est pas juste d’abord, le prof il arrête pas de demander des choses impossibles, genre des feuilles.
15h07 : Nous relisons les consignes, déjà lues une première fois, et que certains semblent découvrir.
“Monsieur c’est TROP DUR, j’arriverai jamaaaaais à trouver ce que c’est un nom !
– On l’a vu ET vous avez le droit au cahier.
– Je sais, mais je sais que je vais tout rater !
– Oui, moi aussi !
– Et moi !”
Tout en essayant vainement de retaper l’ego des sixièmes Akwakwak, j’écris en rouge en police 712 au tableau “PENSEZ A PASSER DES LIGNES.”
15h09
“Ludovic, vous comptez commencer votre contrôle ?
– Quel contrôle ?
– Ben… Celui dont on parle depuis dix minutes.
– Ah, c’est maintenant ?
– Non, je vous ai demandé de remplir une feuille et d’écrire contrôle dessus pour le plaisir.
– Ah, vous m’avez fait peur monsieur !”
Pendant que je vais déposer des jonquilles sur la tombe du second degré, Ludovic m’adresse son plus gentil sourire.
15h15
Un hurlement, croisement entre Hulk et moi quand je me rends compte que je suis à court d’Ossau Iraty retentit, et j’aperçois Piana en train de déchirer sa feuille en morceaux minuscules.
“Que se passe-t-il Piana ?
– Je devais passer des lignes et j’ai oublié de le faire, je suis NULLE, monsieur, NULLE !
– Vous savez vous auriez juste pu…”
*chœur affolé de dix élèves.*
“Il fallait passer des lignes ? Pourquoi vous nous l’avez pas dit ?
15h21
Je suis censé donner des évaluations aménagées à Lilin, dont le français n’est pas la langue maternelle. Je dois avouer avoir des doutes lorsque je la vois discrètement expliquer ce qu’est un déterminant possessif à son pote, né et élevé en France depuis toujours, qui m’assure sans cesse que “il peut se préparer un café” le temps que ses potes trouvent les réponses à mes questions.
15h43
Je me dis que j’aurais pu éviter la session de sport quotidienne, vu les kilomètres et les flexions que j’ai effectuées pendant ce contrôle, pour répondre à des questions qui commencent 50% du temps par “eeeeeuh en fait c’est bon, je crois j’ai trouvé” et 48% par “vous pouvez me donner la réponse, là, monsieur ?”
15h49
Ludmilla lève les yeux sur le tableau, où est écrit l’avertissement quant aux lignes à passer.
“C’est écrit depuis QUAND monsieur ?
– Euh… Le début du cours.”
Je vous avoue que je me sens particulièrement monstrueux quand je la vois se mettre à pleurer. -_-
15h50
Sonnerie. Je récupère douze copies complètes et signale aux autres que je leur laisserais un peu de temps pour finir demain “mais c’est la dernière fois, hein !”
Comme à chaque contôle.