
L’anglais a cette expression qui nous manque : “to snap at someone”. “S’en prendre à quelqu’un” en serait une approximation. Mais le snap est brutal, rapide, quelque chose qui claque parce qu’on en a marre de se retenir, et qui peut faire mal. On ne craque pas vraiment, on claque.
La dernière semaine avant les congés de Noël est, me concernant, propice à cette réaction. Snap. Envie de claquer, quand, pour la énième fois, Lara me demande de lui réexpliquer l’activité qu’elle a parfaitement comprise, mais “comme ça je suis rassurée.” “Je ne peux pas vous consacrer tout ce temps !” Snap.
Envie de claquer quand je dois gérer avec calme et rigueur le comportement inacceptable d’Iria, qui se lève en classe, met son manteau, se met à chanter, parce qu’il n’y a aucune autre possibilité, aucun autre adulte pour la prendre en charge, aucun dispositif pour l’accueillir du fait d’un manque de suivi total à la maison. “‘J’en ai ras-le-cul de te gérer, tu m’empêches de m’occuper de gens intéressants.” Snap.
Envie de claquer au nez de cette collègue qui me demande de revoir intégralement un plan de classe que je propose pour les sixièmes Brindibou. “Ben refais-le, toi, si t’es si maligne !” Snap.
Envie de claquer quand les mômes se précipitent pour me demander quelque chose sans un bonjour, quand ils m’interrompent ou me mentent avec la dernière mauvaise foi. Tous ces petits trucs sans importances qui, d’habitude, ne font que tendre un peu l’élastique de ta contrariété.
La quasi-totalité de ces trucs ne franchiront pas mes lèvres. Mais c’est chiant, de se sentir méchant. Et de se rendre compte à quel point il est facile de faire du mal.