Mardi 29 décembre

Les fins d’années étant souvent des temps de remémoration, je profite de ce 29 décembre pour ressortir une masse d’armes et aplatir la tronche d’un mythe sur lequel je frappe avec une régularité admirable, mais apparemment inutile : celui de l’autorité naturelle.

Histoire de me la péter un peu et de donner du contexte, je signale juste que j’ai reçu, en quinze jours, huit messages et tweets de lecteurs s’interrogeant sur leur capacité à devenir enseignants, ou même à poursuivre leur préparation au CAPES par manque d’autorité.

Que l’on se pose cette question au début de son parcours me semble parfaitement légitime. Mais quand j’apprends que des formateurs et tuteurs sortent des perles telles que “Si tu n’as pas d’autorité naturelle, ça va être difficile.”, je tique un peu (lire : je bave et faisant de la fumée par les oreilles.)

Cet usage du mot “autorité” ressemble à celui que l’on fait de “talent”. Tel musicien, dessinateur ou comédien est doué parce qu’il a du “talent”. Cette caricature, aujourd’hui usée jusqu’à la corde, connaît donc un renouveau avec ce terme d’autorité.

Et tout d’abord, qu’est-ce que l’autorité ? (Oui, un élève de 4e ne voudrait pas de cette intro, ce sont les fêtes, laissez-moi tranquille). Faire en sorte que les mômes perdent le contrôle de leur vessie quand on les regarde ? Les changer en génies assoiffées de connaissances après une heure de cours ? Pouvoir en placer une sans être interrompu par Emilia qui aimerait savoir à quelle heure c’est la récré ?

J’en suis arrivé à la conclusion que l’autorité consiste, me concernant, à pouvoir imprimer mon propre au rythme aux cours, sans avoir à lutter contre mes élèves. Sans avoir à me justifier en permanence. Et comme l’intégralité de ma pratique, j’ai construit cette façon de faire, petit à petit, au fil d’échecs et de réussites. Alors oui, il existe quelques rares élus, j’en ai connu, qui savent d’emblée ce qu’ils souhaitent faire, et comment ils veulent le faire. Mais ils sont l’exception. Et je trouve au mieux paresseux, au pire foutagedegueulesque le fait de dire à des jeunes collègues de “faire preuve d’autorité” ou de “prendre des cours de théâtre” quand Mathis décide de tapisser la salle de bouts de gomme ou que Fatoumata traite ta famille de chiens.

Ce qui rend souvent les premiers temps de l’enseignement complexes, c’est l’empirisme de la profession. Il faut tenter. Dans les attitudes, les travaux proposés, le rythme. Quitte à se casser la figure. Il faut échanger, corriger, parler, recommencer. Alors oui, c’est laborieux et surtout, long. Mais ça nous donne le droit de nous planter. Oui, on ressortira de certains cours totalement découragé. Mais ça fait partie du boulot. Et ça n’est absolument pas une fatalité.

L’autorité n’a pas à être ce couperet culpabilisant dont on menace les collègues, jeunes ou moins jeunes. Comme tout le reste c’est un outil, une compétence, que l’on développe peu à peu. En prenant le temps qu’il nous faut, et en ne restant jamais seuls.

Laisser un commentaire