Lundi 4 janvier

Je descends dans la cours et ils tournent leurs yeux vers moi.

“Bonne année monsieur !”

La montée dans les escaliers est chaotique. Hannah aimerait être placée à côté de sa copine lors du changement de places que j’ai promis. Maxine a besoin que je transmette ce mot là, tout de suite, à l’infirmière scolaire. Kenneth boude parce qu’on avait promis (qui ? Mystère ?) qu’en 2021, on ne porterait plus de masque à l’école. Mais pas une seule dispute entre môme qu’on me demande d’arbitrer.

Nous passons la porte, et tout le monde s’installe. Dans le silence. J’annonce la couleur, on va débuter par une dictée. Pas un seul soupir, pas un “oh non !” auxquels j’ai eu le droit l’heure d’avant. Ils écoutent, hochent la tête. Ils sourient. Il y a, en ce premier cours de l’année avec eux, quelque chose de très doux.

“It’s an old song…”

C’est peut-être un après-coup de la magie de Noël. De bonnes résolutions prises par leurs parents. C’est peut-être dû à l’activité proposée par l’assistant social la dernière heure de l’année avec eux.

Ou c’est peut-être à force de leur parler et de bosser avec eux.

Mais il y a quelque chose de profondément serein, chez les sixièmes Akwakwak.

“Elle était super, ta classe (”pas ma classe”, je rétorque, aussi instinctivement que l’aurait fait Janet, dans The Good Place), me dira un collègue en sortant.

“It’s an old song.”

Ils oublient de passer des lignes et d’amener leurs affaires. Ils font tomber leurs stylos. Mais ils bossent, sans réticence et sans affectation. Il y a quelque chose, dans leur timbre, qui me rappelle les troisièmes Glee de l’année dernière. Quand ils étaient eux aussi en sixièmes. Que j’étais là aussi leur professeur principal. Ils sont heureux d’être là, de faire de leur mieux. Moi aussi.

Pourvu que ça dure.

(image tirée de The Good Place)

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