Mercredi 6 janvier

Dans mon nouveau bahut, à Nohr, le mur est beaucoup plus massif, entre profs et élèves ; à Ylisse, il n’était pas rare que les profs ouvrent la fenêtre de la salle de réunions pour intervenir dans une bagarre qui se déroulait trois mètres plus bas. Nous intervenions régulièrement dans les conversations de mômes lorsque le ton montait.

Presque pas cette année. Je me suis évidemment dit, au début, que c’était parce que le collège était calme, qu’il n’y avait aucun souci.

Il y en a. Des gamins se foutent des tartes et s’insultent et, lorsqu’on les reprend, ressortent le toujours crispant tube de la décennie “Mais c’est pour joueeeeeer !”

Et non pas qu’à Nohr, les profs soient moins concernés qu’à Ylisse par le bien-être de leurs élèves. Ils en parlent en permanence, passent leur temps à contacter les parents, organiser des réunions, mettre en place des dispositifs. Mais il existe une frontière invisible : les enseignants n’interviennent presque jamais directement lorsqu’un événement se produit.

On parle souvent de “culture d’établissement”, et cette mutation en Bretagne m’a beaucoup fait réfléchir : pourquoi mettre les limites à tel endroit et non tel autre, qu’est-ce qui fait qu’on se comportera de telle façon en Essonne et de telle autre en Ile-et-Vilaine ?

Comme à chaque fois que je change d’établissement, j’ai la sensation d’arriver au milieu d’un film dont je n’ai pas saisi tous les enjeux. Et je me demande ce qui différencie le jeu de chaque acteur. Et en fin de compte comment, dans chaque établissement scolaire, nous participons à construire le paysage mental de nos élèves.

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