
“Monsieur, vous êtes sûr que vous êtes obligé de partir ?”
La question est posée au moins trois fois par semaine. Depuis la rentrée où j’ai expliqué que j’étais le remplaçant de Mme T., qui serait leur professeur à partir du 30 mars.
Au début, je me suis bien entendu débilement rengorgé de mon importance et de mon charisme qui faisait que les élèves désespérait de me voir partir, imaginant mon dernier cours avec eux comme une grande tournée d’adieux.
Mais on s’en fout.
S’il faut se poser des questions sur les affectations des enseignants remplaçants (j’ai appris qu’un collège à deux pas de mon domicile est en manque de prof de français depuis le début de l’année), et des difficultés que cela implique pour de nombreux collègues, au niveau des temps de trajet, des emplois du temps et, tout simplement, de la motivation, les élèves sont également concernés. Parce que, très souvent, des adultes qu’ils fréquentent tous les jours disparaissent, du jour au lendemain. Sans cohérence, sans rime ni raison. Pas de passage de témoin avec l’enseignant qui arrivera après, juste des profs interchangeables qui se succèdent.
Je hausse les épaules.
“Vous vous rappelez ? Je vous ai promis qu’un mois avant, je serai horrible avec vous, comme ça vous ne me regretterez pas.”
Le môme qui a parlé se met à rire. C’est mieux comme ça. En vérité, ils se remettront très vite, les enfants sont comme ça, le départ d’un prof est rarement une blessure durable. Heureusement.
Mais malgré tout. Cette valse incessante, sur laquelle personne ne s’interroge parce que, bon gré mal gré, elle tient depuis toujours me fait un peu mal au cœur.