Vendredi 15 janvier

Un nouveau vendredi, une nouvelle réunion qui court-circuitera mon dernier cours de la semaine avec les sixième Akwakwak.

“Vous l’aimez pas ce cours, a rigolé Tir l’autre fois. Il y a toujours des réunions qui nous le volent !”

Pour un cours de 16h à 17h le vendredi, il se passe en général plutôt bien, à vrai dire. Et je crois que je préférerai d’assez loin être en train d’expliquer les arcanes du participe passé accordé avec le COD quand celui-ci est placé avant que de me rendre à la rencontre qui m’attend.

Il s’agira d’évoquer – une fois encore – le cas de Laïla avec ses parents et les partenaires du collège. La CPE étant souffrante, c’est à moi que revient la tâche de présider la séance. Et j’hésite quant à la phrase d’ouverture :

“Mes bien chères sœurs, mes biens chers frères, nous voici réunis sous la lumière des néons pour évoquer le cas de Laïla qui continue à baver sévère sur les rouleaux de ses camarades et de ses profs.”

“Approchez mesdames et messieurs, dans un instant, ça va commencer : installez vous sur les chaises éducation nationale et constatez qu’on a beau se réunir comme ça tous les mois depuis la rentrée, Laïla continue à traiter ses camarades de gros bâtards et à penser que ses enseignants sont des réincarnations de l’Inquisition Espagnole ?”

“Viens voir les professeurs, voir les assistants sociaux, voir les parents qui arrivent, viens voir les contrats qu’on va mettre en place, les engagements que tu prendras, les promesses que tu feras…”

Bon, je rigole mais en vrai, l’humeur n’est pas trop à la gaudriole. Laïla fait partie de ces mômes sur lesquels j’ai l’impression de n’avoir aucune prise. Comme beaucoup d’élèves dysfonctionnels, elle a une vie peu rigolote, et une véritable envie que les choses s’arrangent. Mais jusque là, rien de ce que nous avons mis en place n’a fonctionné : écoute, encouragements, sanctions, contrats, exclusion, tutorat… Laïla est enfermée dans un chaos mental et, d’une semaine  l’autre, peut passer d’une élève discrète et studieuse à une tornade, façon diable de Tasmanie option langue vivante supporter de foot quand leur équipe perd 8-0.

Et j’ai la sensation que tout, ou presque, a été dit. Laïla passe son temps à entendre des adultes lui parler – faute de elle, accepter de dire quoi que ce soit – à se balader de dispositif en dispositif qui, au bout d’un moment, finira par la renvoyer en classe avec ce diagnostic, toujours le même ou presque “Elle peut être super, quand elle veut.”

Laïla est en sixième, nous sommes en janvier, et, déjà presque tout ce que nous sommes capables d’offrir dans un collège semble avoir été proposé et avoir échoué.

Autant dire que oui. Parfois, j’aimerais juste, juste faire cours.

Mais ça ne fonctionne pas comme ça.

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