Mardi 19 janvier

Cette journée était franchement dégueulasse et, pour une fois, ça n’était pas ma faute, pour parler comme un élève de 6e.

Impression de voir tous les efforts faits ces dernières semaines partir à veau-l’eau. Luc, avec qui l’assistant social a passé des heures, et qui semblait s’être métamorphosé après un premier trimestre très compliqué au niveau du respect des autres est retombé dans sa provocation, mise à jour par une bonne dose d’observation de ses camarades et des adultes. Il semble avoir repéré le gros bouton rouge capable de faire baver de rage à peu près tous ses interlocuteurs et, lorsque je tente dans un énième entretien de le lui faire reconnaître, me lance un petit regard ironique :

“Mais tout ça, ce sont des ouï-dire monsieur. Vous nous dites toujours qu’il ne faut pas parler de gens qui ne sont pas présent.”

Tiffany, elle est sous fiche de suivi depuis hier. Journée pendant laquelle elle a bossé comme une dingue, et s’est montrée une élève modèle. Un peu trop. Ce qui fait qu’évidemment, elle a craqué aujourd’hui et défoncé le genou d’un camarade lors d’une dispute. Camarade qui risque lui-même le conseil de discipline pour l’avoir insultée. Liberté magnifique du prof, qui a le droit de choisir entre quels parents appeler en premier (en faisant bien attention de ne pas contacter le parent violent, qui risquerait de mettre en danger son enfant).

Grosse gueulante devant deux classes de sixièmes. Ils ont été tellement odieux avec une personne en service civique venue les encadrer sur des heures d’accompagnement qu’elle a demandé à ne plus travailler avec eux, la voix tremblante. Je vitupère, un bon moment, sous des regards contrits. Avant de conclure par l’habituel :

“Et ce qui m’énerve, c’est de devoir crier sur tout le monde alors qu’une partie seulement est concernée (deux tiers, là, quand même). Merci pour les autres, franchement !
– Moi monsieur, je suis concernée ?
– Et moi ?
– Et moi ?
– Vous savez qui est concerné. Je n’ai pas à vous dire ce que vous êtes.
– Peut-être que vous ne savez pas en fait.”

Je fixe Luc droit dans les yeux. Et parce que c’est la règle, il va à nouveau falloir différer, expliquer, sanctionner.
Règle à la noix d’une journée poisseuse.

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