Vendredi 22 janvier

Fin d’une nouvelle semaine épuisante ; à bout de souffle, les mômes comme les adultes. Encore des conflits entre élèves. Des mots dans les carnets, des appels aux parents à passer.

“Ce soir, on va faire quelque chose de différent.”

Deux courtes répliques du Roman de Renart. Nous les lisons, à haute voix, les décortiquons, les expliquons. Et puis je leur propose de les lire.

“Mais on y va à fond ! Vous êtes votre personnage. Vous êtes le roi, ou la reine. Mettez du volume, exagérez sur les mots, comme ça !”

Je m’exécute, sous vingt-trois paires d’yeux incrédules. Et puis, quelques petites mains se lèvent. Se lancent.

“Plus encore ! Si vous êtes fâchés, soyez-le vraiment ! Rugissez !”

Ils recommencent, les rires s’étincellent. Mais pas seulement. Les syllabes se dessinent, et les mots se font moins hésitants. De plus en plus, ils essayent.

“Moi, je lirai le baron et je serai un porc-épic !
– Vous avez une idée de comment faire le porc-épic ?
– J’aurai une voix qui pique !”

C’est Rhéa qui a dit ça. Rhéa sur le dossier duquel est écrit en majuscules “Ne jamais lui demander de lire en classe, elle est terrorisée.” Son œil droit cligne un peu fort, ses mains s’agitent, elle lit jusqu’au bout.

“C’était trop bien !”

Pendant une heure on accentue les mots, on travaille les finales. Pendant une heure, je transmets un brin de ce que j’apprends en cours de théâtre. Pendant une heure, ils essayent juste d’être heureux.

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