
L’autre jour en sixième Akwakwak, je tente d’expliquer le potentiel subversif du ridicule. Comme utiliser les mots “potentiel” et “subversif”, c’est encore un peu chaud à cet âge et que je ne veux pas les faire planter, j’emploie l’exemple d’un enseignant fictif, hyper sévère, qui un jour se casserait la figure devant eux.
Histoire de rendre mon image crédible, je développe un peu l’histoire. Je leur invente cet horrible bonhomme, l’habille d’un costume impeccablement repassé, sombre avec une cravate rouge foncée, le muni d’une petite mallette aux angles pointus, lui donne une voix cassante.
Les mômes rient, en l’imaginant soudain glisser sur une peau de banane et finir le nez dans une flaque de boue. Je termine le cours et efface mentalement l’image.
Image qui persiste chez eux.
Depuis plusieurs cours, “Monsieur Horrible” – c’est son nom – apparaît dans plusieurs phrases d’élèves. Une sorte de contre-modèle total :
“Monsieur Horrible il serait dégoûté de voir qu’on a tous réussi le contrôle.”
“J’ai imaginé Monsieur Horrible, il voudrait pas me laisser lire le texte, alors je vais essayer.”
“Holà monsieur, on est bavards là, vous allez devenir comme Monsieur Horrible.”
Un totem devant lequel ils passent en tirant la langue. Et qui, à sa façon, les éduque.