Jeudi 18 février

La sixième Akwkakwak n’est pas une classe parfaite. Loin de là. Nombre d’élèves sont en difficulté, qu’elles soient scolaires ou comportementales, ils oublient fréquemment leurs affaires et ne révisent pas toujours pour leurs contrôles.

Mais ils ont un avantage sur leurs camarades.

La sixième Akwakwak est une classe exorcisée.

En début d’année, et plus particulièrement en début de collège, chaque môme arrive avec son petit paquet de préoccupations égocentriques – comme chaque humain – qu’il va devoir confronter aux petits paquets de préoccupations égocentriques de ses camarades. Et c’est là, souvent, que naissent des monstres. Des envies s’opposent à des douleurs, des comportements inédits rencontrent de l’incrédulité, puis des moqueries, des modèles éducatifs sont renversés. Et nombre d’élèves vont prendre goût à cela : aux conflits, au malaise provoqué par cette rencontre avec des êtres et des attitudes différentes.

Par un miracle que je ne m’explique toujours pas, les sixièmes Akwakwak ont réussi à affronter ces écueils : des adultes ont été là, presque à chaque fois au bon moment, pour éviter que les conflits ne s’enracinent, que les petites rancœurs de cours de récré ne deviennent l’alpha et l’oméga de leur vie scolaire. Il règne à ce jour sur leur groupe quelque chose de très naïf, de très pur, et d’assez doux. Quelque chose que je résumerai par un stupide : ils viennent en classe pour bosser. Tous avec leurs problèmes et leurs difficultés. Mais sans envie de gratter leurs malheurs contre ceux des autres. D’alimenter des conflits.

Le nombre de classes que j’ai connues sous ces modalités peut, je le crois se compter sur les doigts des deux mains. Et ce n’est pas une question de préférence, mais lorsque je vois leurs camarades des autres sections, déjà déchirés par des tortures de pré-ado, je ressens pour cette classe, pour “ma” classe, comme on le dit de moins en moins souvent, un immense soulagement.

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