Lundi 1er mars

J’ignore si je vais parler d’un problème commun à beaucoup de gens travaillant dans l’enseignement ou me contenter de déblatérer sur une attitude qui ne concerne que moi (d’un autre côté, ce ne serait pas la première fois sur ce blog).
Toujours est-il que je prends toujours très mal les remarques sur ma façon de bosser.
Enfin disons que je me mets systématiquement sur la défensive. Que si on me demande pourquoi j’enseigne de telle façon, ou que j’aborde telle œuvre, j’ai toujours ce premier mouvement qui sera de me justifier. Peu importe si la question est bienveillante, posée par un collègue, ou qu’elle sort d’un compte twitter peu amène (“dE ToUte fAçonS leS proFS ils FonT leurS CoUrs UnE FoIs eT c’esT BoN.”) Mon narcissisme m’a bien entendu amené à me pencher sur cette réaction, comme sur le moindre mouvement de mon ego.
J’en suis actuellement là dans mon cheminement de pensée :
– La première raison est la solitude du boulot. Même si je partage régulièrement mes cours, que je discute pédagogie avec des collègues proches ou lointains, et que j’accueille souvent des adultes en classe, je continue à affirmer que la position de l’enseignant est solitaire. Il est rarissime que l’on puisse débriefer à la suite d’une heure de cours, ou que les élèves puissent donner des retours construits sur nos activités (ce n’est d’ailleurs pas leur rôle). Aussi, petit à petit, la critique, qu’elle soit positive ou négative, devient quelque peu étrangère, et je me demande souvent comment la prendre.
– La seconde est, pour n’étonner personne, la sensation de fragilité dans laquelle je me sens en tant que prof. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou à la porte du bahut (dédicace à cette maman d’élève, le jeudi d’avant la sortie “Il t’a dit quoi ton prof de français ? Mais c’est qu’un gros c******* !”), j’ai un peu de mal à avoir la sensation d’exercer un métier considéré et respecté. Et, je ne m’en cache pas, j’aime me donner l’image d’un prof à la fois cool et sérieux, qui contribue à montrer que les personnels d’éducation sont des re-sta, et que les réserves et insultes rebondissent sur la carapace de leur classe.
Mais il existe sous cette carapace un petit cœur qui bat et qui craint, quand il fait étalage de ses faiblesses ou de ses négligences, d’apporter du carburant à un feu de défiance qui n’en manque pas.
C’est probablement l’une de mes résolutions pour cette fin d’année : réussir à avoir une attitude moins crispée par rapport à mon boulot. Parce que c’est sans doute le meilleur service à rendre aux collègues comme aux observateurs en tout genre, que d’avoir assez confiance pour ouvrir les portes de nos professions, et de montrer que nous nous soutenons assez, que nous sommes assez sûrs de nous, pour nous laisser observer. Quitte à faire ensuite le tri entre les remarques aigres et les interrogations réelles. Je doute personnellement d’avoir suffisamment d’estime de moi pour y parvenir totalement, mais ça, c’est une aventure que je vivrai au long cours (et en enrichissant probablement un thérapeute) !