Mardi 9 mars

Au bout du téléphone, il y a un froncement de sourcils :
“Qu’est-ce que vous voulez exactement ?”
Je déglutis et tente de reformuler ma demande en des termes dignes de la division des personnels enseignants de Bretagne.
“Alors voilà, je remplace à temps plein une collègue qui reviendra à temps partielle. Le principal du collège aimerait savoir si je pourrais conserver la classe qu’elle ne prendra pas.
– Bien sûr que non, on vous paye à temps plein.”
Ce n’est déjà plus la peine de continuer. Je tente néanmoins :
“Oui, je comprends bien. L’idée ne serait pas d’avoir que cette classe, je comprends que j’exercerais ailleurs mais…
– Ce serait trop compliqué d’organiser un emploi du temps comme ça… enfin demandez à votre chef d’établissement de faire une demande en ce sens. Bonne journée.”
Et ce sera tout. Je n’en veux pas à cette personne dont le boulot, justement, est de remplacer le plus efficacement possible les collègues indisponibles. Je peux donner 18h et quelques de cours par semaine. On ne va pas en bloquer 5 dans un bahut.
Et non, je ne peux pas argumenter que ce serait mieux que je puisse garder les sixièmes Akwakwak, avec qui on a beaucoup travaillé cette année. Avec qui j’avais encore plein de projets, et est-ce que, le 30 mars, on aura eu le temps de faire passer tout le monde en représentation théâtrale ? Parce que Paula a vraiment très très envie de montrer la mise en scène qu’elle a préparée.
Ou alors les sixièmes Canarticho. Je veux dire, comment va réagir Oleg à ce changement ? Un compas qui tombe par terre le met dans tous ses états, alors une nouvelle prof en avril… Vous pensez qu’il va tenir ?
Et les sixièmes Brindibou, quand même, les sixièmes Brindibou qui sont en plein bazar actuellement. Pourtant le cours sur La Fontaine a l’air de les passionner, et ce serait trop bête que ça se termine comme ça, du jour au lendemain ?
Personne n’est irremplaçable. Bien entendu. Et ça fait parti du jeu, pour les élèves comme les adultes, on signe (enfin non, mais c’est tout comme) pour ça, quand on mute dans un coin plus tranquille, où les établissements scolaires sont plus rares. Faut pas dramatiser, le Samovar, hein, dans une semaine ils se seront adaptés.
Mais quand même. Cette histoire écorchée tire un peu.