Vendredi 19 mars

“Monsieur, est-ce que c’est bien ?”
Je souris derrière mon masque :
“Ce pourrait être votre devise.
– Comment ça ?
– Vous cherchiez une devise avec vos copines. Est-ce que c’est bien ? C’est la phrase que vous me dites le plus souvent.”
Holly me regarde et cligne plusieurs fois des yeux, très rapidement. Je peste mentalement contre moi-même. C’est un tic qu’elle a lorsqu’elle angoisse.
Holly est une excellente élève, dans toutes les matières. Impliquée, motivée, mature et autres adjectifs élogieux fleurissent dans son bulletin. Mais à l’inverse de sa pote Beate, dans la même classe, la réussite scolaire est pour Holly l’alpha et l’omega, une recherche de validation constante.
Est-ce que c’est bien ?
Est-ce que j’ai bon ?
Vous avez mis les notes ?
Holly réussira probablement toute sa scolarité. Mais la tension ne disparaît jamais. Les épaules toujours un peu relevées, les sourcils perpétuellement froncés. Et le “je ne comprends pas” comme un mécanisme de défense. J’aimerais pouvoir dire à Holly. Que les choses se passeront bien. Qu’elle n’a pas à avoir peur comme ça. Que son rêve de devenir actrice, elle n’a pas à l’encadrer de rouge sur la dernière feuille d’activité que nous avons faites en y apposant un immense “SURTOUT NE LE DITES PAS.”
Il y a beaucoup de poids, dans ces neurones qui s’électrisent l’un l’autre.