Mardi 20 avril

J’ai rêvé de Roog cette nuit. Pour les nouveaux venus, Roog était un élève à qui j’ai enseigné il y a deux ans, et que j’adorais.
J’ignore ce que nos chouchous disent de nous. Parce que oui, il y aura toujours des élèves avec lesquels on se sent plus d’affinités. Qui nous parlent. Et qui malmènent notre tentative d’objectivité au long cours.
J’ai toujours eu un faible pour les bateleuses et les bateleurs. Les mômes à l’esprit vif, qui tentent de cacher derrière les afféteries du langage et une attitude un peu bravache un boulot pas toujours, pas souvent rigoureux. Parce qu’il y a dans ces attitudes et dans cette nonchalance tellement de potentiel, tellement de possibilités. Parce que je ressors souvent de cours avec ce genre d’élèves l’esprit plus affûté.
Bien entendu, je m’en veux, parfois. Les élèves que j’adore seront rarement les besogneux, les discrets, les silencieux. Les méritants.
Mais depuis quelques années, cette culpabilité s’émousse. Parce que l’expérience et de nombreux collègues m’ont appris qu’on peut accorder autant d’importance à ceux qui brillent à nos yeux qu’aux autres. Il s’agit d’être discipliné. Précis. En un mot pros.
Et ces chouchous, qu’on traitera de plus en plus souvent avec équité, à force de travail, nous donnerons la petite impulsion, le petit sourire qui nous aidera à tenir l’heure. Avec tout le monde.
Roog m’a appris ça. Il a été le lien qui fait que, lorsque je repense aux classes dont je suis fier, c’est la sienne qui me vient tout d’abord à l’esprit.