Mardi 4 mai

A beaucoup d’égards, les 6e Canarticho sont une classe de mini-troisièmes. Il y aurait – il y a sans doute – des centaines de pages à écrire sur ce qui constitue la personnalité d’un groupe, et comment elle se constitue.
Contrairement aux Avaltout et aux Brindibou (que j’ai croisé avec un pincement au cœur, genre avec des tenailles rouillées), ils n’ont pas cet émerveillement pour absolument tout ce que je propose. C’est même plutôt l’inverse. Chaque activité est accueillie avec un silence circonspect, et je dois souvent déployer pas mal de stratégies – activités orales, travaux de groupe, jeux de rôle, numéro de claquettes – pour les motiver un tant soit peu. Ils ont aussi le côté un peu glauque de l’adolescence qui se pointe avec la délicatesse d’un taureau furieux, notamment dans leur utilisation limite des réseaux sociaux ou leurs relations sentimentales chaotiques et débordant largement pendant le cours de grammaire.
Mais ils ont aussi le bon côté d’une maturité précoce : et notamment, je le découvre en ce retour de confinement, une grande autonomie. Les cahiers, que j’attendais dévastés, sont dans leur quasi totalité bien tenus, les activités faites dans l’ordre, et les mômes totalement au fait de ce dont nous allons parler.
En l’occurrence de pirates.
C’est un vieux cours, que j’ai dépoussiéré pour l’occasion. J’ai plein de soucis avec l’Ile au trésor : le vocabulaire, d’une vieille traduction qui plus est. Une histoire hyper masculine. Un découpage du texte laborieux, des passages parfois peu intéressants.
Mais il y a aussi dans ce roman l’appel du large. La mer, les cartes remplies d’îles inconnues et de richesses incroyables. Et je ne sais pas si c’est le fait de nous retrouver, le fait de bosser là-dessus ou le mois qui vient de s’écouler qui les a fait grandir. On grandit si vite à cet âge là. Mais lorsque les deux heures s’achèvent, il tombe un grand calme sur la classe. Pas de sortie dans la précipitation ni mille commentaires comme cela arrive souvent. Ils s’arrêtent, calmement.
“Il est bien, ce livre, monsieur.”
Je les ai retrouvés. C’était bien.