Samedi 8 mai

Après treize ans à naviguer plus ou moins au jugé dans le monde de l’enseignement, j’en suis arrivé à la conclusion que je me suis enfin trouvé une boussole quant à la préparation de mes cours.

Il ne s’agit pas d’une méthode miracle qui fera que je ressortirai à chaque heure en ayant changé la pensée et la vie des élèves, ou d’un moyen d’obtenir un silence respectueux et impressionné à tout coup. Juste d’une composante essentielle, d’un dénominateur commun.

Pour qu’un cours soit réussi, il est nécessaire qu’il persuade les élèves de laisser un instant leurs préoccupations, parce qu’il vaut le coup.

Je sais. Dit comme ça, ça a l’air débile. Mais ça reste la base. Qu’on étudie le monologue de Phèdre ou le Complément Circonstanciel de Cause, je tente, ne serait-ce que pour un instant, d’amener tous les mômes à déposer leur bagage mental, souvent bien chargé.

“Ne vous inquiétez pas, toutes vos joies et tous vos ennuis seront là dans deux minutes.”

Ils rigolent souvent quand je dis ça. Et c’est plus ou moins facile selon les classes. Certaines me font confiance et acceptent spontanément de rentrer dans le jeu. Pour d’autre, c’est plus compliqué. Et cet instant d’abandon sera très bref, parfois de quelques secondes. Mais je fais tout ce que je peux pour les provoquer. Après, il y aura des milliers de raisons pour lesquelles le cours peut foirer. Mais il aura une chance.

C’est compliqué. Parce que ça implique aussi, quand je prépare ces fichus cours, de croire en eux : si je demande aux mômes de le faire, je dois m’imposer la même règle. Et que j’y passe la journée ou une heure, je tente de m’abstraire de tout le reste. De croire pour une minute que ce que je propose est important. Autant dire que lorsqu’on a la confiance en soi d’un puceron chargé d’affronter un tigre du Bengale, c’est plutôt laborieux. Mais je tente. Et puis, ça m’interdit de m’en foutre.

Souvent, je me dis que si j’aime autant la série Doctor Who, c’est pour ça : parce que c’est quelqu’un qui débarque et arrive à convaincre quiconque de l’accompagner, parce que ce sera merveilleux et sublime. Oui, c’est juste de la fiction. Mais on peut tenter de faire un peu comme si.

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