Jeudi 13 mai

Depuis son retour des cours à distance, Rean a un cahier nettement plus ordonné. Il lève la main à chaque fois qu’il perd le fil, et n’hésite plus à demander de l’aide pour qu’un camarade ou moi-même lui recopions le cours qui lui manque. Il assume totalement les préconisations qui se trouvent dans son PAP (Plan d’Aide Personnalisée) depuis le début de l’année, et dont il refusait jusqu’ici, jusqu’à l’évocation.
“Tout se passe bien, Rean ?”
Il est facile de lui parler, il traîne toujours à la fin du cours.
“Oui monsieur, pourquoi ?
– Je trouve que vous vous comportez différemment, ces derniers temps. En bien j’entends.
– Oui. On a beaucoup parlé avec mes parents.
– Et ?
– Ben ils m’ont dit que si on m’aide, c’est pas parce que je suis bête.”
Il me fixe, très serein. C’est une scène banale, que j’ai vécu des centaines de fois : un môme qui finit par comprendre ce que tant d’adultes lui répètent depuis longtemps. Les raisons de ce succès sont mystérieuses, toujours. Peut-être les bons mots ont-ils été utilisés, peut-être Rean a-t-il atteint juste ce qu’il fallait de maturité. Peut-être la conversation avec ses parents a-t-elle parachevé l’édifice construit depuis longtemps par ceux qui tentent d’aider ce gamin.
Peu importe. Ça a marché.
“Je deviendrai dingue, à répéter sans arrêt.” me dit-on parfois à propos de mon métier.
Mais chaque répétition est une chance de succès.