Jeudi 20 mai

Entre deux tournées de tâches consacrées à la famille, et dans une ambiance adoucie, je me lance dans la préparation des cours qui commenceront la semaine prochaine.
Pendant quelques heures, le temps est aboli. Je conçois des documents et des préparations qui résonnent dans le grand silence des débuts. Je débute et pourtant je connais les règles du jeu. Je n’ai pas encore à adapter les textes et les exercices, je ne connais ni les classes, ni les visages, ni les timbres de voix.
Ces derniers mois, j’ai la sensation que le temps me marque plus lourdement qu’au cours des années précédentes. Mais tandis que j’invoque Euripide et Anouilh, pour expliquer la tragédie aux élèves de seconde, je retouche du doigt le prof qui débutait, il y a un bon moment, il y a peu.
Je reçois des mots de réconfort, de gens que j’aime profondément. Depuis toujours, depuis peu. Les cartes ont été rebattus et elles sont vierges.
On dira probablement que je fais beaucoup d’histoires pour un remplacement de quelques jours.
Probablement.
Mais cette épopée personnelle est aussi une raison pour laquelle j’aime ce métier d’amour.