Mardi 1er juin

Le premier enchaînement de cours entre le collège Nohr, dans lequel je travaille depuis neuf mois et le lycée (qu’on baptisera Hoshido, comme ça quatre personnes auront la ref) dans lequel je célèbre ma première semaine me fait éclater une évidence en plein visage : on s’adapte inconsciemment à ses élèves, tous comme ils s’adaptent à leurs profs.
Ce sont des détails, insignifiants au premier abord. Les sixièmes Canarticho savent quand rassembler leur concentration, parce que j’ai changé de ton, que mon débit s’est accéléré. Ils oublient parfois leurs devoirs, manquement sur lequel je ferme parfois les yeux, mais compléteront toute leur évaluation, les copies blanches me rendant vert (ahah). De façon plus générale, nous avons appris à nous laisser des respirations. Ils se montrent instinctivement plus calmes quand je suis fatigué, je sais quand je peux leur demander davantage. Cette évolution s’est produite sur le long terme.
Et il faut réapprendre toute cette danse avec six groupes d’élèves, dont deux, de premières, relativement préoccupés par l’arrivée imminente du bac de français. Même si le courant passe majoritairement, je me retrouve à prendre, mes marques, et eux aussi. Mes transitions, parfois confuses – je travaille dessus depuis un moment – les perdent totalement, là où les petits bouts de douze ans savent parfaitement comment raccrocher. Leurs questions me semblent totalement désorganisées ou mal formulées. Et ils n’y sont pour rien.
Il y aurait une littérature à écrire sur les mille gestes du quotidien qui forgent une relation entre un élève et son professeur. Et en cette fin d’année, trouver les pas de cette nouvelle danse est une gageure.