Mercredi 8 septembre

Accès à la version audio.

À la liste de mes nombreux défauts, il convient d’inscrire celui-là parmi les premiers : je suis très désorganisé quand j’enseigne la grammaire. En règle générale, je me perds tellement facilement dans des études de textes, des lectures d’œuvres, des projets d’écriture et j’en passe, que l’étude plus technique du français se retrouve souvent prise en sandwich entre une déclamation de poèmes et un examen blanc que j’aurai passé trois jours à peaufiner.

Pas cette année. Cette année je serai rigoureux, propre, irréprochable. J’instaure donc le canonique exercice de la phrase du jour consistant, en début de cours, à analyser différents aspects d’une phrase, justement, afin de revoir diverses notions.

Je me prépare très fort à ne pas laisser l’ennui et l’inquiétude transparaître sur mon visage (il y aura TOUJOURS l’élève qui posera la question sur la notion que tu maîtrises moins que les autres), tandis que les secondes Azumarill planchent sur une conjonction de subordination et du conditionnel passé. (Je sais, je dois réveiller un bon paquet de traumatismes chez certains d’entre vous).

Mais c’est un chouette moment. C’est un chouette moment parce qu’ils sont tout perdu et qu’ils osent le dire. Ce petit mot “si”, ils le traînent depuis des années et ne parviennent toujours pas à en faire quoi que ce soit. La litanie des “maisouetdoncornicar” est une formule magique qui n’a jamais vraiment fonctionné. Et ça les gonfle.

J’ai tendance à dire que l’orthographe et la conjugaison sont souvent une question de maturité. Au bout d’un moment, on finit par assimiler les règles tout simplement parce qu’une opération mystérieuse s’est opérée dans le cerveau. Mais peut-être aussi y a-t-il un peu moins d’appréhension. Les lycéens écoutent et posent des questions à la fois plus poussées et plus naïves que les collégiens. Des questions qui me laissent le temps de réfléchir, de structurer ma pensée, moi le grand amateur de “eeeeuh alors en fait jeeee eeeeuh… Enfin comme vous dire çaaaaaa….”

Ça nous prend un peu trop de temps, c’est la première fois qu’on s’entraîne ainsi. Mais lorsque l’activité se termine, je les remarque moins mutiques, moins tendus que lors des deux heures précédentes.

Si on m’avait dit que la grammaire pouvait ouvrir des portes…

Laisser un commentaire