Samedi 11 septembre

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Cette année, j’enseigne à des grands. Et ça change beaucoup de choses.

Non pas que j’ai jamais trouvé simple d’être prof. Mais après un dizaine d’années passée à fréquenter des collégiens, j’ai fini par identifier les lignes de forces, les perspectives sur lesquelles asseoir mon rapport avec eux. Dans ma façon de leur parler, le rythme auquel avancer et les exigences que je pouvais avoir à leur endroit.

Tout ceci est remis en cause avec les lycéens. J’ai beau savoir qu’ils étaient en troisième, il y a trois mois ou un an, bien des choses ont changé. Et je me retrouve à expérimenter, en espérant non seulement ne pas me casser la figure, mais également ne pas leur faire perdre trop de temps. Dans ce genre de moments, je me rappelle d’une camarade de l’INSPE – que l’on appelait alors IUFM, quelque part entre l’avènement des diplodocus et la chute de Rome – qui exprimait son mal-être de se servir de ses élèves comme de cobayes. Qu’ils auraient à subir ses errements. Pendant très longtemps, cette brève intervention m’a hantée.

Avant d’être exorcisée, il y a quelques mois, par un autre collègue. Qu’on appellera le Chevalier, parce que son initiale est déjà attribuée à l’un des personnages de ce journal. Le Chevalier est nouveau dans le métier, mais projette une confiance en lui dont je rêverais de posséder un jour le centième. “Ça va bien se passer, m’a-t-il dit alors que je lui faisais part de mon angoisse, tu es consciencieux et tu as de bonnes bases.”

Consciencieux. J’ignore si le mot a été particulièrement bien choisi, si le moment pour que je l’entende était arrivé, ou si c’était un hasard, mais il a fait mouche. L’enseignement est, par nature, un art de l’approximation. S’il existait une méthode qui fonctionnait vraiment, malgré ce que veulent régulièrement nous faire avaler des experts du marketings et quelques ministres peu scrupuleux, ça se saurait. Que l’on ait un an ou trente d’expérience dans le métier, il existe une immense part d’inconnu : parce que les élèves changent, parce que les programmes évoluent, parce que les contraintes s’alourdissent ou, plus rarement, s’apaisent. Les bases qu’on nous a transmises, et la conscience professionnelle, celle qui nous pousse à faire au mieux. Il n’y a peut-être pas beaucoup plus de phares à espérer. À part, bien entendu, un peu d’expérience, que l’on finit par acquérir.

Mais ce foutu boulot, cette quête, constituera toujours à aller chercher l’horizon.

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