Mardi 14 septembre

Plusieurs fois cette année, j’ai fait un test visant à classer sa personnalité en fonction d’un code de 4 lettres, la première indiquant, par exemple, le degré d’introversion d’une personne, la seconde sa façon de percevoir son environnement, et ainsi de suite. Je le confesse, j’adore les tests de personnalité. C’est comme créer un personnage de jeu vidéo qui te ressemble, ou remplir une feuille de jeu de rôle : créer un artefact de soi-même, ni tout à fait soi, ni tout à fait autre.

Tout ça pour dire qu’invariablement, le résultat est le même : je suis le mec bordélique, censé s’épanouir au contact des gens. Il s’agit peut-être d’une astrologie pour bobo, mais, pour le coup, il serait malhonnête de nier que ces deux traits me sont étrangers. Et, aux mois de septembre-octobre, mon euphorie sociale est en pleine floraison : je découvre les élèves et les collègues. Je crée de nouveaux liens avec des gens dont j’ai tout à découvrir. Tout à l’heure, je suis sorti de l’étude d’un texte de Voltaire stupidement ému, parce que les élèves se sont interrogés sur la pertinence de qualifier ce texte de féministe. Parce que je n’avais jamais vécu cette interaction et que les voir développer des arguments construits, dans l’édification d’un discours qui tienne la route, avait un goût d’inédit. J’ai un peu crié – première fois de l’année – sur les secondes Volcanion, parce qu’ils continuaient à bavasser, en grands troisièmes qu’ils sont encore. Et cette espèce de silence contrit, ces excuses pas marmonnées mais véritablement articulées m’ont abasourdi. Il n’est pas une journée où je ne sorte du lycée, affligé par ma naïveté mais totalement ravi de ce que j’ai vécu. Corollaire : la nouveauté passée, il faut préserver cette joie, cet enthousiasme devant des situations qui deviendront quotidiennes. Ma hantise, je crois, c’est l’aigreur. J’en ai une peur panique. Ressentir de l’agacement devant les comportement mille fois répétés d’ados, fatalement toujours un peu les mêmes.

“C’est bon pour un moment, d’être remplaçant” me disait récemment un collègue.

Il a raison. Je peste déjà à l’idée de quitter le lycée Gallia, dans deux petits mois de cours. Mais me tenir sur ce sol instable, sur cette incertitude, me permet de préserver la découverte permanente. Peut-être est-ce un défaut. Peut-être n’ai-je pas encore soldé cette immaturité de ne vouloir que des débuts, des instants inédits, des élèves qui, toujours, me surprendront. Bordélique. Accro aux rencontres. Ce qui est incroyable et terrifiant, dans le métier de prof, c’est que quoi qu’il arrive, on traînera toujours les accords les plus sonores de sa personnalité. Monsieur Samovar, perpétuellement sur la route, perpétuellement des liasses de feuilles sous le bras, perpétuellement à apprendre de nouveaux noms. Un jour, il serait bon que l’Éducation Nationale te permette de te poser. Pour toi et pour les élèves. Mais en attendant, profite de ces débuts toujours renouvelés.

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