Jeudi 16 septembre

J’ai un immense problème de rythme. Quel qu’il soit. Je suis quasi incapable de marquer une pulsation correctement, je danse comme un pied. Jusqu’au mot rythme lui-même, dont l’orthographe me cause toujours une seconde d’hésitation.
Tout ça n’est pas bien grave. Mais c’est plus gênant quand le rythme s’applique à mon métier.
Jeudi, 15h. Les Premières Tritox sont épuisés. Grosse journée, grosse semaine. C’est le cas pour moi aussi. J’achève – presque littéralement – une semaine de vingt heures. Avec, qui plus est, la suite de leur première explication linéaire, qui s’avère, forcément extrêmement laborieuse. Leur concentration chancelle, ma patience aussi. Mais je persiste. Je persiste parce que je me dis que si je lâche maintenant, c’est mon statut qui est en jeu. Qu’un prof de lycée, parfois, doit forcer.
Et surtout, je ne lâche pas parce que, dans ces moments-là, je suis sourd. Je n’arrive pas à comprendre s’il s’agit d’une simple crise de flemme ou d’une fatigue profonde. Et il me faudra vingt bonnes minutes de tentatives merdiques pour me rendre compte qu’ils sont juste totalement cuits. Que la première heure de français était déjà bien costaude et que là, ils n’ont plus l’énergie de se mesurer à un exercice nouveau pour eux et nécessitant une vigilance de Batman sur la piste du Joker.
Alors je leur propose de ranger leurs affaires. Je termine l’heure en leur parlant de Juste la fin du monde, que l’on va bientôt commencer à lire. Ils écoutent d’une oreille. Je suis à contretemps, j’aurais dû faire ça plus tôt.
Fin de cours un peu amère, je suis passé à côté. Encore une fois. Le vieux défaut m’a encore coûté du temps. La seule chose que j’ai apprise c’est de ne pas trop m’en vouloir. De tirer le rideau et espérer que les choses iront mieux la prochaine fois. Chasser le gris, et accepter de recommencer.