Vendredi 17 septembre

Cette année, j’ai la chance de ne pas faire cours le vendredi. Ce qui implique réciproquement que le reste de la semaine est plutôt dense au niveau de la présence devant élèves.
Le vendredi est donc devenu le jour où j’arrache au temps. Durant l’année scolaire, je cours après les obligations professionnelles. Mais je cours également après tout ce qui me compose et n’est pas le boulot. La lecture, la musique, les jeux vidéo, les lapins, la vie sociale. Je me suis rendu compte depuis ma rencontre avec T. il y a maintenant six ans, que cette lutte-là serait primordiale. Aller chercher des moments qui me permettent d’être autre chose qu’un prof. De m’abstraire totalement et absolument de ce rôle-là. Et c’est lorsque j’y suis enfin parvenu que je me suis définitivement entendu avec mon boulot.
Paradoxe : c’est fatigant, de prendre du temps. De se ménager des plages de temps libre, de faire taire cette voix incessante qui déroule en litanie ce qu’il te reste à faire, le retard que tu prends dans des corrections de copies, des évaluations, des préparations de cours. Je passe mon temps à dépenser de l’énergie pour en retrouver. Mais la semaine qui vient de s’écouler, durant laquelle je n’ai presque rien eu le temps de faire, m’a rappelé à quel point cette “hygiène” de vie (j’insiste sur les guillemets) m’était essentiel. J’ai terminé les cours avec une sensation de vide et une boule dans la poitrine que je n’avais pas ressentie depuis bien longtemps.
Le boulot de prof est une succession de numéros d’équilibriste. Et au nombre de ceux-ci, trouver comment se préserver ne fait pas partie des moindres.