Samedi 18 septembre

Dans sept mois, le grand spectacle des élections présidentielles connaîtra son vainqueur. Et déjà, la course a commencé. Le problème, comme beaucoup de séries qui durent, c’est l’incapacité de cette grande rigolade à se renouveler. On retrouve systématiquement les mêmes épisodes : les candidats qui se déclarent (avec les oooh et les aaaaah du public), les affrontements sur les plateaux télé – oui oui, le média qui devait être relégué aux oubliettes par YouTube – et, bien entendu, les débats sur les sujets de société.

Et parmi eux, l’indémodable classique, celui qui fédère les grands et les petits : le statut des enseignants. Avec une régularité qui pourrait remplacer une horloge atomique, on se demande entre journalistes aux mines sérieuses si les profs travaillent assez, s’ils ne sont pas un peu trop payés quand même, et s’ils sont si compétents ça, quand on vois que “le niveau baisse”. (depuis le temps, le niveau doit être perdu quelque part entre les abysses et le septième cercle des enfers).

Une collègue, connue sur Twitter sous le doux pseudonyme de Mahaut d’Artois pestait il y a peu, se demandant pourquoi ce sujet revient systématiquement sur la table, et pas le statut professionnel des croques-morts ou des fildeféristes. (J’ai rajouté fildeféristes parce que j’adore ce mot).

Je ne chercherai pas à me lancer dans une analyse sociologique, n’en n’ayant pas les compétences. Mais cette énième apparition du débat me fait penser à un gag de Mafalda, dans lequel sa copine Susanita prétend que son père gagne plus que celui de Mafalda. Quand cette dernière lui demande comment elle peut l’affirmer, Susanita a cette réponse géniale : “Il ne s’agit pas d’affirmer quoi que ce soit, mais de respecter l’idée que j’en ai.”

Je pense qu’une des racines de ce que l’on appelle vilainement et un peu simplement le “prof-bashing” vient de là. Comme je l’ai souvent écrit ici, presque tout le monde a longuement fréquenté des enseignants. Et a forcément développé des jugements quant à la profession. Or, ces jugements, parfois infondés, sont un carburant fabuleux pour alimenter des polémiques faciles, et donc télégéniques. Les choses iraient mieux si les profs étaient davantage présents dans les établissements scolaires, s’ils enseignaient plusieurs matières, s’ils étaient formés à Montessori, Freinet ou Dorothée. Les profs sont des privilégiés, qui passent leur temps à boire du café en préparant leur prochaine grève rémunérée. À croire que dès le CAPES passé, notre premier cours de formation consiste en une trépanation qui nous transformera en feignasses de compétition, dont le seul but sera de faire souffrir des élèves et d’en foutre le moins possible.

Je pense qu’il y a quelque chose de fondamentalement rassurant, dans ces discours agaçants. Parce que l’Éducation est un enjeu primordial et complexe. Un jeu auquel aucun candidat ne gagnera jamais. “S’il y avait un ensemble de méthodes qui fonctionnent à tous les coups, vous ne pensez pas qu’on l’appliquerait depuis des années ?” C’est généralement ainsi que je clos les débats lorsque je fais également face à ces questions. Parce que je sais que je ne pourrai pas convaincre un interlocuteur qui, comme Susanita, veut que l’on respecte son idée. Aimerait que les élèves et les écoles aillent mieux grâce à quelques mesures simples, qui avantageraient les gentils et puniraient les méchants. Mais, et c’est peut-être l’une des spécificités les plus importantes de ce métier, le succès ou l’échec d’une journée de cours repose sur bien plus que l’investissement et la conscience professionnelle.

Alors que faire ? Personnellement, je tente de ne rentrer dans des polémiques que sur des points précis, sur lesquels j’essaye d’être le mieux renseigné possible. Et puis j’écris. Je parle. Le plus possible de mes journées, de mon quotidien, afin de déconstruire cette image des profs de plateau télé. Ce n’est pas une croisade ou une quête personnelle. C’est juste tout ce que je me sens de faire pour l’instant.

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