Lundi 20 septembre

“C’est votre dernier devoir de collégien !” ai-je rigolé, en déposant les sujets du contrôle sur les tables. Une évaluation sur le chapitre de début d’année, un chapitre de révision.

Les secondes ont le front baissé sur leurs feuilles, et ma crainte d’avoir bricolé une tâche trop simple se métamorphose quasi instantanément en son opposée : la concentration est intense, et, sur les trente-deux visages présents, peu ont l’air rassurés. Je me promène dans les rangées et les mains se lèvent. Comme au collège, le poing bien refermé, le doigt bien haut. Et exactement les mêmes phrases :

“Est-ce que le cadre, c’est comme ça qu’il fallait le faire ?”
“Monsieur, je crois que c’est la bonne réponse mais je suis pas sûr.”
“J’ai jamais été évalué avec des notes, si je rate, est-ce que ce sera grave ?”

Je passe la moitié de mon temps de parole à expliquer que non, je ne donnerai pas les réponses et l’autre à rassurer. Pendant ce temps, mon démon habituel rigole. Il y a eu double jeu de dupes. J’ai voulu me faire passer pour le prof de lycée aguerri, et eux pour les secondes déjà solides, en place dans leurs acquis et leurs méthodes.

Alors qu’ils sont encore, pour nombre d’entre eux, des collégiens qui craignent de rater un détail primordial ou de souligner de la mauvaise couleur. Rien d’humiliant à cela. Mais j’aurais dû le pressentir plus tôt. J’ai beau m’arrêter à chaque fin d’explications, multiplier les “tout le monde comprend ?”, proposer de reformuler, de répondre aux messages envoyés sur Pronote, je sais parfaitement qu’ils continueront à se cacher tant que je ne serai pas allé fouiner et pointer du doigt ce qui ne va pas.

Les corrections seront longues, et le travail les menant à l’autonomie plus encore. J’ai passé quatorze ans à donner un cadre à des mômes qui en avaient désespérément besoin, et je dois désormais apprendre à de jeunes gens à constituer le leur. Eh bien allons-y.

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