Mercredi 22 septembre

Pour des raisons qui n’importent pas dans ce billet, j’ai décidé de ne pas constituer d’emblée de plans de classe cette année. J’ai préféré attendre une semaine, ce qui m’a amené à rapidement réorganiser deux classes, sous peine de les trouver transformées en annexe du Macumba dance-club, et à en laisser deux telles quelles. En effet, les élèves y travaillent avec bonheur et semblent plus efficaces ainsi.
Et dans ces deux classes, s’est monté le mur des chouchous.
Il y a sans doute beaucoup à analyser dans la composition de ces deux fois quatre élèves, qui occupent l’avant de la classe et lèvent perpétuellement la main. Sept garçons et une fille allure gothique. Je me suis toujours mieux entendu avec les filles en général, mais mes coups de cœur sont presque exclusivement des garçons, et ce depuis le début de ma carrière. C’est pas faute de l’avoir remarqué, d’essayer de m’en prémunir, mais ça se trouve toujours comme ça. Toujours des mômes qui savent parfaitement jusqu’où aller au niveau de la familiarité. Pas forcément des têtes de classe, mais perpétuellement curieux. Malins. Les méandre de mon inconscient me restant un mystère qui feront un jour la fortune de quelque thérapeute, je me contente pour le moment d’observer ce phénomène.
Et de m’en méfier. Un mur, ça protège et ça isole tout en même temps. Particulièrement au lycée, où il est terriblement confortable d’aller à développer sa pensée, ou d’ouvrir un parenthèse culturelle devant les quatre paires d’yeux qui écoutent, notent, posent des questions, ou hochent la tête en souriant.
Mais cette année ils sont trente-cinq. Et il est hors de question que j’en laisse basculer dans le brouillard. Alors je m’astreins, plus que les autres années, à les laisser, à continuer à circuler, à leur retirer gentiment le bâton de parole métaphorique. À aller vers les élèves que je sens en résistance, de leur côté comme du mien. Juguler l’affect, ce foutu affect, tout en l’acceptant.
Et puis, le soir, envoyer à la classe un message concernant un documentaire qui passe sur Les liaisons dangereuses. Et échanger deux trois messages avec un des chouchous du mur qui l’a immédiatement regardé. C’est aussi ces petites gourmandises égoïstes qui nous rendent plus fort. Pour tout le monde.