Mardi 28 septembre

Je ne sais pas si tu as déjà joué à Magic l’Assemblée. C’est un jeu de cartes désormais vieux de plusieurs décennies, dans lequel on affronte son adversaire à l’aide de cartes représentant des sorts ou des créatures, qui appartiennent à cinq couleurs différentes. Personnellement, je joue en vert, bleu et blanc. Et je déteste le noir. Parce que le noir consiste souvent à sacrifier ses ressources ou ses propres points de vie pour l’emporter.
Peut-être que je déteste jouer en noir parce que c’est la couleur qui me fait gagner dans ma vie professionnelle.
Je suis rentré aujourd’hui au bout de ma vie, mais en ayant, objectivement, gagné à cette journée.
Les secondes Azumarill ont un peu fait la tronche quand j’ai sorti la carte du plan de classe. Et j’ai sacrifié un point de vie à aller contre ma nature et ma conscience qui me hurle que je suis un nouveau Torquemada, à chaque fois que je dis non à un élève, et qu’il est hors de question de négocier, que oui je sais qu’ils seront sages, mais que plan de classe il y aura quand même.
Trois points de vie avec les premières Volcanion dont je commence à gagner le respect, quand bien même je mesure deux têtes de moins que la moitié d’entre eux, et que je parle quarante décibels plus bas. Parce que la soirée d’hier a été consacrée à préparer une activité de présentation à l’oral de BD, fun mais hyper exigeante, un truc totalement dans leurs cordes, que je leur ai présenté avec une précision de médecin légiste.
Cinq points de vie avec les premières Tritox. Mise en scène du prologue de Juste la fin du monde. J’ai exigé de l’originalité, des costumes. Ils ont rigolé, sont arrivés avec deux pailles en plastique, je les ai engueulés. Leur ai expliqué que j’exigeais quelque chose de beau, de bien fait. Ils ont eu des idées magnifiques. Ont crée des chorales parlées, des secrets chuchotés dans une salle plongée dans l’obscurité. C’était très beau. C’était très beau ils ont dit. Avant d’enchaîner sur une lecture linéaire dont ils ont traversé le désert en vrais Fremens.
Je titube jusqu’à la maison, histoire de retrouver des points de vie, en courant le long des sentiers. En écoutant des chanteuses grotesques et des comédies musicales. Travailler en noir, se reposer en vert.