Jeudi 30 septembre

Reyn se tient devant moi depuis le début de l’interclasse. Et déroule une étrange suite de questions auxquelles je peine de plus en plus à trouver un sens : est-ce qu’il peut passer avec son groupe un peu plus tard pour sa lecture théâtrale. Et il y a un truc qui risque de choquer dans leur travail. Peut-être qu’il peut le dire, mais enfin il ne veut pas spoiler. Gâcher. Gâcher il veut dire. Bon, après je suis le prof, j’évalue, donc il peut le dire. Parce qu’il a passé du temps sur ce travail. C’est pour ça qu’il est venu hier avec ses lunettes roses. Vous avez vu les lunettes roses ?

Je bas des paupières et tente de focaliser mon regard comme mon attention. Cette scène, je l’ai déjà vécue un nombre incalculable de fois. Reyn tente de me dire quelque chose, potentiellement quelque chose d’important, et je ne parviens absolument pas à saisir quoi. Pas plus que je ne parviens à trouver la phrase qui, peut-être, débloquerait la situation. “Qu’est-ce que vous voulez me dire, exactement ?” me semble un peu sec, et je n’ai rien d’autre en stock. Du coup je n’ai plus qu’à hocher la tête et répondre à ses questions décousues, qui me parviennent laborieusement après une semaine de vingt heures de cours et deux heures avec les premières Volcanion, particulièrement en forme aujourd’hui.

Ce genre de situation n’est pas grave, en soi. Mais ça m’agace. Ça m’agace parce que j’ai la sensation que quelque chose d’important se joue, et que je ne parviens pas à le saisir. On me dira, probablement à raison, que ce n’est pas mon métier. Que je vais peut-être lire trop de signes dans la confusion d’un ado. Mais tout de même. À chaque fois que je me retrouve face à ces mômes, refusant de partir, enchaînant les propos décousus, une lueur d’attente dans le regard, je me sens perdu.

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