Lundi 20 septembre

“C’est votre dernier devoir de collégien !” ai-je rigolé, en déposant les sujets du contrôle sur les tables. Une évaluation sur le chapitre de début d’année, un chapitre de révision.

Les secondes ont le front baissé sur leurs feuilles, et ma crainte d’avoir bricolé une tâche trop simple se métamorphose quasi instantanément en son opposée : la concentration est intense, et, sur les trente-deux visages présents, peu ont l’air rassurés. Je me promène dans les rangées et les mains se lèvent. Comme au collège, le poing bien refermé, le doigt bien haut. Et exactement les mêmes phrases :

“Est-ce que le cadre, c’est comme ça qu’il fallait le faire ?”
“Monsieur, je crois que c’est la bonne réponse mais je suis pas sûr.”
“J’ai jamais été évalué avec des notes, si je rate, est-ce que ce sera grave ?”

Je passe la moitié de mon temps de parole à expliquer que non, je ne donnerai pas les réponses et l’autre à rassurer. Pendant ce temps, mon démon habituel rigole. Il y a eu double jeu de dupes. J’ai voulu me faire passer pour le prof de lycée aguerri, et eux pour les secondes déjà solides, en place dans leurs acquis et leurs méthodes.

Alors qu’ils sont encore, pour nombre d’entre eux, des collégiens qui craignent de rater un détail primordial ou de souligner de la mauvaise couleur. Rien d’humiliant à cela. Mais j’aurais dû le pressentir plus tôt. J’ai beau m’arrêter à chaque fin d’explications, multiplier les “tout le monde comprend ?”, proposer de reformuler, de répondre aux messages envoyés sur Pronote, je sais parfaitement qu’ils continueront à se cacher tant que je ne serai pas allé fouiner et pointer du doigt ce qui ne va pas.

Les corrections seront longues, et le travail les menant à l’autonomie plus encore. J’ai passé quatorze ans à donner un cadre à des mômes qui en avaient désespérément besoin, et je dois désormais apprendre à de jeunes gens à constituer le leur. Eh bien allons-y.

Dimanche 19 septembre

Et le dimanche, on s’évade !

Il y a maintenant cinq ans, T., mon collègue de français à Ylisse, m’avait envoyé des morceaux de musique électronique sur lesquels il bricolait.

Aujourd’hui, il sort son deuxième album, dans ce qui est devenu un univers tant musical que littéraire. Alors je vous encourage très fort à aller faire un tour dans cette science-fiction musicale, où vous trouverez également les petits cailloux de mon prochain roman.

Enjoy ! (et cliquez sur le “Enjoy”, donc ^^)

Samedi 18 septembre

Dans sept mois, le grand spectacle des élections présidentielles connaîtra son vainqueur. Et déjà, la course a commencé. Le problème, comme beaucoup de séries qui durent, c’est l’incapacité de cette grande rigolade à se renouveler. On retrouve systématiquement les mêmes épisodes : les candidats qui se déclarent (avec les oooh et les aaaaah du public), les affrontements sur les plateaux télé – oui oui, le média qui devait être relégué aux oubliettes par YouTube – et, bien entendu, les débats sur les sujets de société.

Et parmi eux, l’indémodable classique, celui qui fédère les grands et les petits : le statut des enseignants. Avec une régularité qui pourrait remplacer une horloge atomique, on se demande entre journalistes aux mines sérieuses si les profs travaillent assez, s’ils ne sont pas un peu trop payés quand même, et s’ils sont si compétents ça, quand on vois que “le niveau baisse”. (depuis le temps, le niveau doit être perdu quelque part entre les abysses et le septième cercle des enfers).

Une collègue, connue sur Twitter sous le doux pseudonyme de Mahaut d’Artois pestait il y a peu, se demandant pourquoi ce sujet revient systématiquement sur la table, et pas le statut professionnel des croques-morts ou des fildeféristes. (J’ai rajouté fildeféristes parce que j’adore ce mot).

Je ne chercherai pas à me lancer dans une analyse sociologique, n’en n’ayant pas les compétences. Mais cette énième apparition du débat me fait penser à un gag de Mafalda, dans lequel sa copine Susanita prétend que son père gagne plus que celui de Mafalda. Quand cette dernière lui demande comment elle peut l’affirmer, Susanita a cette réponse géniale : “Il ne s’agit pas d’affirmer quoi que ce soit, mais de respecter l’idée que j’en ai.”

Je pense qu’une des racines de ce que l’on appelle vilainement et un peu simplement le “prof-bashing” vient de là. Comme je l’ai souvent écrit ici, presque tout le monde a longuement fréquenté des enseignants. Et a forcément développé des jugements quant à la profession. Or, ces jugements, parfois infondés, sont un carburant fabuleux pour alimenter des polémiques faciles, et donc télégéniques. Les choses iraient mieux si les profs étaient davantage présents dans les établissements scolaires, s’ils enseignaient plusieurs matières, s’ils étaient formés à Montessori, Freinet ou Dorothée. Les profs sont des privilégiés, qui passent leur temps à boire du café en préparant leur prochaine grève rémunérée. À croire que dès le CAPES passé, notre premier cours de formation consiste en une trépanation qui nous transformera en feignasses de compétition, dont le seul but sera de faire souffrir des élèves et d’en foutre le moins possible.

Je pense qu’il y a quelque chose de fondamentalement rassurant, dans ces discours agaçants. Parce que l’Éducation est un enjeu primordial et complexe. Un jeu auquel aucun candidat ne gagnera jamais. “S’il y avait un ensemble de méthodes qui fonctionnent à tous les coups, vous ne pensez pas qu’on l’appliquerait depuis des années ?” C’est généralement ainsi que je clos les débats lorsque je fais également face à ces questions. Parce que je sais que je ne pourrai pas convaincre un interlocuteur qui, comme Susanita, veut que l’on respecte son idée. Aimerait que les élèves et les écoles aillent mieux grâce à quelques mesures simples, qui avantageraient les gentils et puniraient les méchants. Mais, et c’est peut-être l’une des spécificités les plus importantes de ce métier, le succès ou l’échec d’une journée de cours repose sur bien plus que l’investissement et la conscience professionnelle.

Alors que faire ? Personnellement, je tente de ne rentrer dans des polémiques que sur des points précis, sur lesquels j’essaye d’être le mieux renseigné possible. Et puis j’écris. Je parle. Le plus possible de mes journées, de mon quotidien, afin de déconstruire cette image des profs de plateau télé. Ce n’est pas une croisade ou une quête personnelle. C’est juste tout ce que je me sens de faire pour l’instant.

Vendredi 17 septembre

Cette année, j’ai la chance de ne pas faire cours le vendredi. Ce qui implique réciproquement que le reste de la semaine est plutôt dense au niveau de la présence devant élèves.

Le vendredi est donc devenu le jour où j’arrache au temps. Durant l’année scolaire, je cours après les obligations professionnelles. Mais je cours également après tout ce qui me compose et n’est pas le boulot. La lecture, la musique, les jeux vidéo, les lapins, la vie sociale. Je me suis rendu compte depuis ma rencontre avec T. il y a maintenant six ans, que cette lutte-là serait primordiale. Aller chercher des moments qui me permettent d’être autre chose qu’un prof. De m’abstraire totalement et absolument de ce rôle-là. Et c’est lorsque j’y suis enfin parvenu que je me suis définitivement entendu avec mon boulot.

Paradoxe : c’est fatigant, de prendre du temps. De se ménager des plages de temps libre, de faire taire cette voix incessante qui déroule en litanie ce qu’il te reste à faire, le retard que tu prends dans des corrections de copies, des évaluations, des préparations de cours. Je passe mon temps à dépenser de l’énergie pour en retrouver. Mais la semaine qui vient de s’écouler, durant laquelle je n’ai presque rien eu le temps de faire, m’a rappelé à quel point cette “hygiène” de vie (j’insiste sur les guillemets) m’était essentiel. J’ai terminé les cours avec une sensation de vide et une boule dans la poitrine que je n’avais pas ressentie depuis bien longtemps.

Le boulot de prof est une succession de numéros d’équilibriste. Et au nombre de ceux-ci, trouver comment se préserver ne fait pas partie des moindres.

Jeudi 16 septembre

J’ai un immense problème de rythme. Quel qu’il soit. Je suis quasi incapable de marquer une pulsation correctement, je danse comme un pied. Jusqu’au mot rythme lui-même, dont l’orthographe me cause toujours une seconde d’hésitation.

Tout ça n’est pas bien grave. Mais c’est plus gênant quand le rythme s’applique à mon métier.

Jeudi, 15h. Les Premières Tritox sont épuisés. Grosse journée, grosse semaine. C’est le cas pour moi aussi. J’achève – presque littéralement – une semaine de vingt heures. Avec, qui plus est, la suite de leur première explication linéaire, qui s’avère, forcément extrêmement laborieuse. Leur concentration chancelle, ma patience aussi. Mais je persiste. Je persiste parce que je me dis que si je lâche maintenant, c’est mon statut qui est en jeu. Qu’un prof de lycée, parfois, doit forcer.
Et surtout, je ne lâche pas parce que, dans ces moments-là, je suis sourd. Je n’arrive pas à comprendre s’il s’agit d’une simple crise de flemme ou d’une fatigue profonde. Et il me faudra vingt bonnes minutes de tentatives merdiques pour me rendre compte qu’ils sont juste totalement cuits. Que la première heure de français était déjà bien costaude et que là, ils n’ont plus l’énergie de se mesurer à un exercice nouveau pour eux et nécessitant une vigilance de Batman sur la piste du Joker.
Alors je leur propose de ranger leurs affaires. Je termine l’heure en leur parlant de Juste la fin du monde, que l’on va bientôt commencer à lire. Ils écoutent d’une oreille. Je suis à contretemps, j’aurais dû faire ça plus tôt.

Fin de cours un peu amère, je suis passé à côté. Encore une fois. Le vieux défaut m’a encore coûté du temps. La seule chose que j’ai apprise c’est de ne pas trop m’en vouloir. De tirer le rideau et espérer que les choses iront mieux la prochaine fois. Chasser le gris, et accepter de recommencer.

Mercredi 15 septembre

“Faites-moi confiance.”

Je n’ai jamais encore utilisé cet impératif face à des élèves. Je suppose qu’il y a un début à tout et ce début, ça a été face aux Premières Tritox. Nous étudions la méthode de la très redoutée explication linéaire, épreuve majeure du bac. Les élèves donnent des signes d’affolement ; signes tous relatifs quand on a enseigné au collège, où l’incompréhension se traduit par des cris, des protestation ou des bouderies. Là, ce sont plutôt des regards appuyés, des “vous êtes sûr ?” et quelques chuchotements. Et au bout d’un moment ça m’agace. Ça aussi c’est nouveau. Habituellement, les tétrachiées d’insécurité que je trimballe m’amènent à douter de ma préparation de cours. Peut-être ai-je laissé passer un détail, mal exposé les objectifs, omis un élément déterminant.

Pas cette fois-ci.

Cette méthode, j’ai planché dessus durant toutes les vacances, et même un peu avant. Je me suis entraîné devant un collègue, j’ai relu je ne sais combien de fois mes notes.
Et pourtant ils doutent. Peut-être n’est-ce pas un problème d’explication. Peut-être est-ce juste…

“Faites-moi confiance.”

Je n’ai pas spécialement mis d’affect dans ma voix. Je n’ai pas accompagné cette phrase des interminables discours dont je peux être coutumier. Mais quelque chose se détend dans la classe. J’inspire. Je suis le prof et je sais. Pendant des années, j’ai fuit ce rôle. J’étais celui qui accompagnait les mômes, qui leur passait les outils. Je leur facilitais le passage, je leur racontais l’histoire qui leur convenait. J’étais toujours, quelque part, un peu des leurs. Quatorze ans plus tard, je n’ai pas le choix. Ils n’ont pas à avoir peur, pas à douter : je suis celui qui sait.

C’est désagréable. C’est désagréable parce que, s’ils me suivent et se plantent, je serai le seul responsable de leur échec. Mais si je veux leur faire acquérir cette foutue méthode, il n’y a pas vraiment le choix. Je me rends compte, en l’écrivant, à quel point cet épisode apparaîtra, pour nombre de collègues, d’une banalité confondante. Mais comme certains élèves évitent, des années durant, de se confronter à certaines difficultés, j’ai fui celle qui consistait à me placer comme étant l’expert. Mais face à des jeunes gens de dix-sept ans, il faut parfois prendre ses responsabilités.

Faites-moi confiance. C’est un sacré saut dans le vide. Un autre.

Mardi 14 septembre

Plusieurs fois cette année, j’ai fait un test visant à classer sa personnalité en fonction d’un code de 4 lettres, la première indiquant, par exemple, le degré d’introversion d’une personne, la seconde sa façon de percevoir son environnement, et ainsi de suite. Je le confesse, j’adore les tests de personnalité. C’est comme créer un personnage de jeu vidéo qui te ressemble, ou remplir une feuille de jeu de rôle : créer un artefact de soi-même, ni tout à fait soi, ni tout à fait autre.

Tout ça pour dire qu’invariablement, le résultat est le même : je suis le mec bordélique, censé s’épanouir au contact des gens. Il s’agit peut-être d’une astrologie pour bobo, mais, pour le coup, il serait malhonnête de nier que ces deux traits me sont étrangers. Et, aux mois de septembre-octobre, mon euphorie sociale est en pleine floraison : je découvre les élèves et les collègues. Je crée de nouveaux liens avec des gens dont j’ai tout à découvrir. Tout à l’heure, je suis sorti de l’étude d’un texte de Voltaire stupidement ému, parce que les élèves se sont interrogés sur la pertinence de qualifier ce texte de féministe. Parce que je n’avais jamais vécu cette interaction et que les voir développer des arguments construits, dans l’édification d’un discours qui tienne la route, avait un goût d’inédit. J’ai un peu crié – première fois de l’année – sur les secondes Volcanion, parce qu’ils continuaient à bavasser, en grands troisièmes qu’ils sont encore. Et cette espèce de silence contrit, ces excuses pas marmonnées mais véritablement articulées m’ont abasourdi. Il n’est pas une journée où je ne sorte du lycée, affligé par ma naïveté mais totalement ravi de ce que j’ai vécu. Corollaire : la nouveauté passée, il faut préserver cette joie, cet enthousiasme devant des situations qui deviendront quotidiennes. Ma hantise, je crois, c’est l’aigreur. J’en ai une peur panique. Ressentir de l’agacement devant les comportement mille fois répétés d’ados, fatalement toujours un peu les mêmes.

“C’est bon pour un moment, d’être remplaçant” me disait récemment un collègue.

Il a raison. Je peste déjà à l’idée de quitter le lycée Gallia, dans deux petits mois de cours. Mais me tenir sur ce sol instable, sur cette incertitude, me permet de préserver la découverte permanente. Peut-être est-ce un défaut. Peut-être n’ai-je pas encore soldé cette immaturité de ne vouloir que des débuts, des instants inédits, des élèves qui, toujours, me surprendront. Bordélique. Accro aux rencontres. Ce qui est incroyable et terrifiant, dans le métier de prof, c’est que quoi qu’il arrive, on traînera toujours les accords les plus sonores de sa personnalité. Monsieur Samovar, perpétuellement sur la route, perpétuellement des liasses de feuilles sous le bras, perpétuellement à apprendre de nouveaux noms. Un jour, il serait bon que l’Éducation Nationale te permette de te poser. Pour toi et pour les élèves. Mais en attendant, profite de ces débuts toujours renouvelés.

Lundi 13 septembre

Elles sont arrivées : les premières évaluations. Celles des secondes Azumarill.

C’est tôt, pour beaucoup d’élèves.

Mais c’est important.

C’est important parce que c’est la deuxième rencontre. À la rentrée, j’ai vu leurs visages, entendu leurs voix, parfois. Attitudes, premières réponses à des questions, quelques oppositions. Mais c’est peu. C’est peu parce qu’il n’y a rien de plus facile, pour un élève, de se dissimuler derrière ses camarades, surtout quand il ne comprend pas. Alors dans un groupe de trente-cinq…

Sur le petit travail d’écriture qu’ils m’ont rendu, se dessinent d’autres traits. Parfois similaires à ceux de leurs visages et de leurs voix, parfois totalement différents. S’apercevoir que celle-ci a déjà toutes les connaissances que l’on a abordées et bien plus, que celui-là peine à maîtriser la langue française. Découvrir des difficultés que l’on ne soupçonnait pas, que l’on a formulé une consigne dans des termes trop ambigus pour certains, que ce mot-là a jusqu’ici été mal compris…

Et dans la même lecture, ce sont leurs noms qui se fixent. J’ai été jusqu’ici incapable de retenir le moindre patronyme durablement, à l’exception de ceux qui passent le cours la main levée. Désormais, ils coulent de façon bien plus fluide. Raccrocher des écritures, des mots aux visages… Peut-être qu’il suffirait que je leur dise ça, pour éviter le stress de ce qui reste, pour eux, les fameux “contrôles” : j’ai besoin de vous connaître. Ça passe par vos mots, quelle que soit l’orthographe qu’on leur donne.

Ce ne sont que quelques feuilles de papier, maintenant annotées de remarques et de conseils. Ce ne sont que quelques pas dans la brume qu’on explore ensemble. J’espère le leur faire comprendre.

Samedi 11 septembre

Accès à la version audio.

Cette année, j’enseigne à des grands. Et ça change beaucoup de choses.

Non pas que j’ai jamais trouvé simple d’être prof. Mais après un dizaine d’années passée à fréquenter des collégiens, j’ai fini par identifier les lignes de forces, les perspectives sur lesquelles asseoir mon rapport avec eux. Dans ma façon de leur parler, le rythme auquel avancer et les exigences que je pouvais avoir à leur endroit.

Tout ceci est remis en cause avec les lycéens. J’ai beau savoir qu’ils étaient en troisième, il y a trois mois ou un an, bien des choses ont changé. Et je me retrouve à expérimenter, en espérant non seulement ne pas me casser la figure, mais également ne pas leur faire perdre trop de temps. Dans ce genre de moments, je me rappelle d’une camarade de l’INSPE – que l’on appelait alors IUFM, quelque part entre l’avènement des diplodocus et la chute de Rome – qui exprimait son mal-être de se servir de ses élèves comme de cobayes. Qu’ils auraient à subir ses errements. Pendant très longtemps, cette brève intervention m’a hantée.

Avant d’être exorcisée, il y a quelques mois, par un autre collègue. Qu’on appellera le Chevalier, parce que son initiale est déjà attribuée à l’un des personnages de ce journal. Le Chevalier est nouveau dans le métier, mais projette une confiance en lui dont je rêverais de posséder un jour le centième. “Ça va bien se passer, m’a-t-il dit alors que je lui faisais part de mon angoisse, tu es consciencieux et tu as de bonnes bases.”

Consciencieux. J’ignore si le mot a été particulièrement bien choisi, si le moment pour que je l’entende était arrivé, ou si c’était un hasard, mais il a fait mouche. L’enseignement est, par nature, un art de l’approximation. S’il existait une méthode qui fonctionnait vraiment, malgré ce que veulent régulièrement nous faire avaler des experts du marketings et quelques ministres peu scrupuleux, ça se saurait. Que l’on ait un an ou trente d’expérience dans le métier, il existe une immense part d’inconnu : parce que les élèves changent, parce que les programmes évoluent, parce que les contraintes s’alourdissent ou, plus rarement, s’apaisent. Les bases qu’on nous a transmises, et la conscience professionnelle, celle qui nous pousse à faire au mieux. Il n’y a peut-être pas beaucoup plus de phares à espérer. À part, bien entendu, un peu d’expérience, que l’on finit par acquérir.

Mais ce foutu boulot, cette quête, constituera toujours à aller chercher l’horizon.