Mercredi 1er septembre

Il y a deux moments auxquels je me réveille à cinq heures du matin : le jour de mon anniversaire et à la pré-rentrée. C’est donc le pas quelque peu chancelant que je me lève, tentant de ne pas enfiler un seul chausson aux deux pieds. Le moi plutôt sympa d’hier a eu la gentillesse de repasser et déposer des vêtements propres prêts de la douche, ce qui ne m’empêche pas de trébucher, me cogner, maugréer, me relever, me recogner… Une matinée de rentrée classique.
Ce qui est moins classique est mon temps de trajet. Douze minutes pour me rendre de mon domicile au lycée Gallia, dans lequel j’officierai un trimestre, je n’ai jamais vécu ça, tournant plutôt à une heure de route. (et bien entendu, j’arrive encore plus en avance que d’habitude…) Me voilà donc, mon sac à dos sagement sanglé aux épaules, à tenter d’affecter un air dégagé tandis que les collègues débarquent, bavardant, échangeant sur leurs vacances, bref, effectuant leur rentrée habituelle. Je me dirige du côté des stagiaires, petit troupeau timide, avant de laper le café-tasses plastiques et de commencer à aborder les malheureux assez malchanceux pour croiser mon regard, et à activer mon plan « rencontre d’un étranger » : bonjour timide, présentations, BLAGUE NULLE RIRE TRÈS FORT OHOH ! (Ne m’abordez pas. C’est mieux)
Heureusement, la réunion plénière vient mettre fin à ce trop plein d’hilarité. Je pense que ce genre de moment est la raison numéro 1 pour laquelle je ne tenterai jamais le concours de personnel de direction : animer pendant deux heures ce genre de réunion qui pourrait être condensée en quarante minutes, devant des enseignants qui sont notoirement l’un des publics les plus périlleux du monde me ferait préférer une initiation à la marche sur braises ardentes. Durant la pause, j’en profite pour sauter sur la photocopieuse et faire souffrir un peu plus la forêt amazonienne en tirant mes photocopies pour un mois.
Repas à l’extérieur, restrictions sanitaires obligent, durant lesquels nous nous vengeons d’avoir dû écouter un adulte debout pendant qu’on était assis sur des chaises en mettant cher au buffet froid. Et je commence à bâtir ma petite constellation : la stagiaire rennaise, le collègue resté six ans en Vendée, la prof-doc qui attend que je la débarrasse de ses spécimens, la prof qui vit ici depuis quarante ans, celle qui aimerait repartir aux Etats-Unis… Typiquement les instants qui me font trépigner sur place : découvrir de nouvelles personnes, s’imaginer lesquelles deviendront compagnons de route, celles dont on tentera de s’approcher, mais avec qui le courant ne passera pas, les alliés imprévus…
Le reste de la journée sera sensiblement la même chose. Comme tous les ans, des renseignements répétés ad nauseam, parce que c’est le jeu, la découverte des salles, toujours un peu différentes, toujours un peu semblables… La file d’attente digne des moments les plus funky de l’URSS devant la porte de la proviseure adjointe pour lui faire part de doléances diverses et variées… Et une sortie bien trop tard, la tête bourdonnante de la mélopée de l’administration.
Je ne retournerai au lycée Gallia que lundi, le jeudi étant dédié à l’accueil des élèves, et mon emploi du temps de gros privilégié me libérant le vendredi.
Et tandis que la fatigue retombe avec la délicatesse d’un quart arrière américain, je relis les listes de classes. Parce qu’il ne manque plus qu’eux : les élèves.